Lors d'une chute à cheval, il est soudainement ébloui par une lumière venue du ciel. Lorsqu'il se relève, il est transfiguré et devient bientôt le meilleur apôtre du Christ.
On ne peut trouver meilleure histoire pour décrire le parcours du maire Labeaume au cours des 18 derniers mois.
Au début de l'histoire, il est le grand pourfendeur du tramway, pour lequel il avoue avoir entretenu un «préjugé négatif».
À l'hiver 2009, il est toujours contre et met encore au défi l'ancienne chef de l'opposition de faire campagne sur le tramway.
À l'hôtel de ville, les proches collaborateurs n'osent pas prononcer le mot tramway devant le maire, comme Voldemort dans les Harry Potter, glisse avec amusement le chef de cabinet.
Que s'est-il passé pour expliquer la conversion du maire au tramway? À quel moment est-il tombé de son 4 X 4 et a-t-il vu la lumière qui allait éclabousser la ville?
J'ai été étonné de la précision de la réponse : le 15 octobre 2009, au salon bleu de l'ancien hôtel de ville de Sainte-Foy.
Il y a ce jour-là, autour de la table, les acteurs clés du comité de la mobilité durable. Une douzaine de personnes, comme sur le tableau de la dernière Cène : le maire Labeaume et le conseiller François Picard; le président Liguori Hinse et le secrétaire du comité de la mobilité durable, Yvon Boudeau; le directeur général Alain Marcoux, le directeur adjoint Guy Renaud, le responsable du développement économique Jean-Marc Tellier; l'ex-directeur Serge Viau, les urbanistes Denis Jean et David Duval; Fernand Martin, de l'aménagement du territoire; une ou deux autres personnes, peut-être.
La discussion est ouverte, sans cravate, ni hiérarchie. Plusieurs sont convaincus depuis longtemps de l'utilité d'un tramway, mais on est encore loin du compte.
Il faut se souvenir qu'au début des travaux du comité, le sentiment dominant à l'hôtel de ville était encore de dézoner des terres agricoles et de gruger dans les forêts du Nord pour construire de nouveaux logements.
Depuis le printemps 2009, il y a consensus pour mettre fin à l'étalement urbain et densifier le centre de la ville. Un premier pas important, mais on ne sait pas encore comment s'y prendre.
On jongle avec les scénarios. C'est là que Serge Viau met sur la table un «angle inconnu» du maire jusque-là : l'hypothèse d'un développement sur Charest.
La présentation est supportée par du visuel, une vidéo montrant l'immense potentiel de développement.
Les membres et le maire font «wow!», se souvient Alain Marcoux. «J'ai vu la réaction du maire, je l'ai vu dans sa face.» Quelque chose venait de se produire, un déclic.
Sauf qu'il est impossible d'espérer développer en laissant jouer les lois du marché. Qui va s'intéresser à ce secteur mal en point? Pour faire bouger quelque chose, il faudra un levier fort. La conclusion s'impose : un tramway. Le seul moyen possible pour faire lever Charest.
La suite va débouler. Au comité, tous ne sont pas encore convaincus que la basse ville est le meilleur trajet pour un tramway, mais pour le maire, c'est devenu clair. Les discussions internes se poursuivront à ce sujet jusqu'au moment de l'adoption finale du rapport.
En point de presse jeudi, M. Labeaume a évoqué son «chemin de Damas». Il confirme que la mi-octobre fut le moment décisif pour le tramway, mais n'a pas voulu me raconter lui-même les détails que vous venez de lire. Plus tard, dit-il.
Les attentes à l'endroit du plan de mobilité durable étaient élevées : dans quelle ville voudrons-nous vivre demain et comment va-t-on s'y déplacer?
Le plan rendu public jeudi répond aux attentes et aux ambitions, même les plus optimistes.
Il laisse entrevoir à quoi pourrait ressembler Québec dans un quart de siècle si l'audacieux projet de tramway se concrétise : une ville plus dense, plus verte, plus fluide, plus moderne et éminemment plus attrayante.
L'administration Labeaume se donne ainsi une vision claire et cohérente de l'aménagement et du transport.
Elle consacre la fin de l'étalement urbain et du modèle de développement du dernier demi-siècle. Du moins, sur le territoire de la ville de Québec, parce que pour les villes voisines de la banlieue, cela risque d'être un peu plus compliqué.
Cela dit, nous avons le temps d'user quelques chars encore avant de monter dans le premier tramway.
Les vraies études techniques restent à faire; on ne sait pas très bien combien cela va coûter. On parle de 1,5 milliard $, mais on ne sait pas vraiment. Et le plus important : la première cenne de financement n'a pas encore été trouvée.
J'ai reconnu au micro cette semaine à Sainte-Foy un militant vert de longue date, intraitable quant aux administrations publiques. Il venait à son tour féliciter le maire Labeaume pour son plan de gestion du bassin versant de la rivière Saint-Charles.
Encore un peu et les environnementalistes pourront se couler une retraite tranquille, faute de cause à défendre.













