La tour de Pise

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Le Parti québécois a souvent comparé la Cour suprême à la tour de Pise, en disant qu'elle penchait toujours du même côté. Bernard Landry et Pauline Marois ont utilisé le même argument, hier, pour discréditer le mandat accordé à Michel Bastarache par Jean Charest.

«Un ancien juge de la Cour suprême, sans exception, ne peut pas être sympathique à des indépendantistes. C'est plutôt le contraire», a déclaré M. Landry au Devoir. Pauline Marois en a remis, tout en se défendant bien d'attaquer la crédibilité de M. Bastarache. «Vous savez qu'il a toujours été identifié aux fédéralistes, il a pris fait et cause à cet égard, il a été nommé par Jean Chrétien [...] Les questions soulevées par Bernard Landry sont légitimes», a-t-elle déclaré sur les ondes de RDI.

Le message est clair : la commission Bastarache vient à peine de s'installer dans ses locaux qu'elle fait déjà les frais d'une bataille politique. Le PQ avait dénoncé le choix de son procureur chef Pierre Cimon parce qu'il avait déjà fait des dons au Parti libéral. Me Cimon a démissionné. Maintenant, c'est au commissaire que l'on s'attaque.

La tempête ne fait que commencer, puisque M. Bastarache a refusé hier d'accorder le statut de participant demandé par le PQ à cette commission, sous son chapeau «de l'opposition officielle». Le PLQ a obtenu ce statut parce qu'il est nommément visé par les accusations de Marc Bellemare, ce qui permettra à ses avocats de contre-interroger les témoins. Les péquistes estiment qu'il n'est pas équitable de leur refuser le même privilège, compte tenu du fait que la commission étudiera également la nomination des juges sous leur règne, de 2000 à 2003. On imagine facilement le kilométrage que Mme Marois fera sur ce thème, en fin de semaine, à l'occasion de la conférence des présidents et présidentes du PQ au Mont-Sainte-Anne.

Ces derniers rebondissements donnent une bonne idée de ce qui attend le rapport Bastarache : il sera aussi controversé que les événements qui ont mené à la mise sur pied de la commission. Pour les péquistes, c'est un scénario gagnant-gagnant. Si le commissaire donne raison à Marc Bellemare et fait porter un blâme quelconque à Jean Charest, ils sauront bien s'en réjouir et oublier leurs critiques actuelles. Mais s'il donne raison à Jean Charest et conclut que les gouvernements péquistes ont agi comme lui dans le passé, ils pourront toujours dire que la commission Bastarache, c'est comme la tour de Pise.

Le Canada central

«We represent a big chunk of this country» («Nous représentons une grosse portion de ce pays»), a répondu le premier ministre ontarien, Dalton McGuinty, hier, lorsqu'on lui a demandé pourquoi le Québec et l'Ontario ne font pas plus d'efforts pour associer le fédéral à leurs travaux sur le projet de train rapide. En d'autres mots, si le Canada du centre décide d'avoir son train rapide, Ottawa n'aura guère le choix que d'y contribuer.

Jean Charest a déclaré de son côté qu'il serait plutôt «ironique» que les provinces aient une meilleure collaboration de l'administration américaine que du gouvernement canadien sur ce projet.

Et vous, M. Harper?

Et ce remaniement?

La ligne de presse du bureau de Jean Charest n'a pas changé : «On ne travaille pas sur un projet de remaniement». Ce qui veut dire qu'à moins de précipiter les choses aujourd'hui ou demain, Jean Charest n'a plus que la semaine prochaine, avant le congé de la Saint-Jean, pour remanier son cabinet. La semaine suivante, il sera en France lundi, mardi et mercredi. Et ce n'est pas le jeudi 1er juillet qu'il pourra procéder à une telle opération. Il ne ferait jamais un tel coup à la presse parlementaire...

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