Évidemment, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, ne l'a pas dit comme cela, hier, en lançant son Énoncé de politique étrangère du Canada pour l'Arctique.
Pourtant, malgré les efforts de M. Cannon pour nier, ou à tout le moins amoindrir, tout virage, le Canada a bougé sur le front nord, et en particulier sur le rôle du Conseil de l'Arctique.
L'annonce du ministre Cannon s'inscrit dans la logique du rapport du Comité permanent de la défense nationale de juin dernier et qui signalait, au fond, que le dossier ne relevait pas vraiment de sa compétence, puisqu'il n'y a aucune menace militaire à l'horizon.
Ce rapport signé par les députés des deux principaux partis tranchait avec le discours belliciste traditionnel des conservateurs, plus portés à armer le Nord qu'à coopérer avec les autres pays de la zone arctique.
Même le NPD a applaudi la nouvelle politique de coopération, qu'il préfère à la traditionnelle attitude de confrontation du gouvernement Harper.
Revenons au Conseil de l'Arctique, formé des huit pays et de six groupes autochtones directement touchés par les affaires du Grand Nord : l'an dernier, Ottawa lui consacrait un seul paragraphe dans sa Stratégie pour le Nord.
Et un paragraphe plutôt tiède qui concluait sur un engagement à le soutenir jusqu'à la prochaine présidence canadienne, en 2013. Rien de très enthousiaste, vous comprendrez.
Pire encore, en mars dernier, M. Cannon avait convoqué seulement quatre des membres du Conseil pour un sommet circonstanciel, au lac Meech. Ce G5 du Nord avait si mal paru que M. Cannon s'est senti obligé, après la rencontre, de restreindre son importance et de vanter au contraire celle du Conseil de l'Arctique.
Voilà donc que depuis hier, le gouvernement concrétise ces propos et propose maintenant de renforcer le Conseil et d'élargir son rôle, notamment sur le plan scientifique.
Ottawa veut également faire connaître le Conseil, lui donnant un rôle de communication et de sensibilisation, ce qu'il fait très peu en ce moment.
Mais surtout, le fédéral propose d'institutionnaliser le Conseil, en quelque sorte, manière de lui assurer un secrétariat et de lui accorder un financement stable.
À partir du moment où tous les pays se disent ouverts à une collaboration accrue, ils doivent s'en donner les moyens concrets. La nature informelle du Conseil de l'Arctique a bien servi le Canada jusqu'ici, précise le document fédéral, mais il est temps de passer à la vitesse supérieure.
Les députés notaient eux aussi à la suite de leur étude que le Conseil «s'est avéré la principale tribune sur laquelle le Canada a promu ses intérêts nordiques» et constataient les limites de son action.
Les élus proposaient également que le Conseil tienne compte des intérêts des autres États qui pourraient à l'avenir développer, justement, un intérêt pour la région.
Là, M. Cannon ne marche pas. Pas question d'ouvrir à d'autres pays «intéressés», ce qu'a dûment noté la presse internationale. En clair, les ambitions chinoises relatives aux richesses naturelles de l'Arctique font peur, ce qui est paradoxal de la part d'un gouvernement conservateur qui laisse les étrangers s'emparer des grandes entreprises canadiennes sans sourciller.
Stephen Harper part pour l'Arctique lundi, une bonne habitude de sa part. Il parle de collaboration avec nos partenaires «lorsque c'est approprié». Cher premier ministre, elle est toujours appropriée, même dans notre cour.










