Les prospecteurs

La délégation de gens d'affaires de la capitale,... (Le Soleil, Michel Corbeil)

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La délégation de gens d'affaires de la capitale, pilotée par Régis Labeaume et Jean Charest, a visité les installations de l'entreprise Chantiers Chibougamau, spécialisée dans les constructions en bois.

Le Soleil, Michel Corbeil

François Bourque
Le Soleil

(Québec) Peut-être vous êtes-vous aussi posé la question : que diable le maire de Québec est-il allé faire dans le Nord avec Jean Charest, en ce début d'année électorale?

Est-ce un renvoi d'ascenseur pour l'amphithéâtre ou un échange pour considérations futures?

M. Labeaume ne serait pas le premier maire de Québec à soigner ses relations avec un premier ministre.

Le maire L'Allier fréquentait en son temps le salon de Jacques Parizeau, rue des Braves, et s'affichait pour la souveraineté du Québec.

Cela n'a sans doute pas nui lorsqu'il s'est agi de convaincre le gouvernement du Parti québécois d'imposer les fusions municipales ou de participer à la relance du centre-ville.

Pour un maire, de Québec ou d'ailleurs, ce n'est jamais un mauvais calcul d'être en bons termes avec le gouvernement.

Quant à M. Charest, le mal-aimé, il est providentiel de pouvoir s'afficher ainsi avec le politicien le plus populaire au Québec. Une relation gagnant-gagnant, comme on dit en affaires. Sans parler de la complicité personnelle entre MM. Labeaume et Charest.

Cela dit, on aurait tort de ne voir dans cette «mission» du Nord qu'un bas calcul politique du maire de Québec.

Ce n'est d'ailleurs pas M. Charest mais M. Labeaume qui a proposé cette «mission» de prospection dans le Nord, à la suggestion de gens d'affaires de Québec.

Personne ne sait vraiment à quoi va aboutir le Plan Nord. Pour être plus juste, il faudrait d'ailleurs parler d'une «vision Nord» plutôt que d'un véritable plan.

Mais pour peu que le développement du Nord s'accélère, il y aura des occasions d'affaires.

Si cela arrive ou lorsque cela arrivera, l'administration Labeaume ne veut pas regarder passer le train, d'où l'idée de cette mission qui vise à jeter des ponts avec le Nord.

Les 24 entreprises de Québec retenues pour y participer n'ont pas de siège social dans le Nord, mais pourraient répondre aux besoins de trois grands «donneurs d'ouvrage» visités lors de la mission : Hydro-Québec, Chantier Chibougamau et mine Éléonore.

On comprend que Ville veut aussi se positionner dans l'éventualité où des entreprises étrangères intéressées par le Plan Nord voudraient installer un siège social au Québec.

L'intérêt de la Ville pour le Nord ne tient pas seulement à la proximité géographique de Québec et au potentiel de ses entreprises.

Il tient aussi au parcours personnel du maire Labeaume qui est né au Lac-Saint-Jean, a grandi sur la Côte-Nord, et a fait fortune avec les mines.

L'histoire est connue, mais il n'est pas inutile de la rappeler, car des adversaires politiques entretiennent les rumeurs sur la «moralité» de cette fortune.

Nous sommes en 1985. Régis Labeaume, alors attaché politique au cabinet du ministre des Communications Jean-­François Bertrand, prépare sa sortie.

Le hasard le met en contact avec un homme d'affaires qui veut fonder une compagnie minière pour faire de la prospection. M. Labeaume n'y connaît rien aux mines, mais a la réputation d'apprendre vite.

Il devient donc président de Mazarin, qui déterre quelques années plus tard un gisement de graphite à Fermont.

Les contrats pour l'exploitation sont signés lorsque, à deux mois du chantier, le marché du graphite s'effondre, inondé par le minerai chinois.

Mazarin abandonne son projet et vit des heures sombres jusqu'à ce que le gouvernement libéral mette en vente la Société nationale de l'amiante.

Mazarin l'achète en 1992 pour une fraction de sa valeur réelle et finance l'achat à même les surplus des régimes de retraite des employés. Autre temps, autres moeurs...

Lorsque Régis Labeaume revend ses parts en 1993, il est millionnaire.

Régis Labeaume n'a pas fait fortune dans le Nord. Il doit cette fortune à une décision du gouvernement libéral de l'époque.

Amusante coïncidence de le voir aujourd'hui repartir prospecter le Nord aux côtés d'un autre gouvernement libéral.

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