Chose certaine, les libéraux perdraient leur temps à essayer de faire tomber prématurément leur chef démissionnaire. Surtout, ils se ridiculiseraient.
L'intérêt des élus libéraux est de se concentrer sur l'avenir de leur parti, dont les problèmes dépassent de loin la personne de M. Dion et son Tournant vert.
Le Parti libéral du Canada a atteint les bas-fonds électoraux la semaine dernière. Il ressemble de plus en plus à un tiers parti. La gifle du 14 octobre a été magistrale.
Mais les libéraux feraient preuve d'aveuglement volontaire en agissant comme si leur glissade venait de s'amorcer.
En novembre 2000, leur parti avait décroché 172 sièges à travers le Canada. Plus de 5 252 000 Canadiens l'avaient appuyé, soit 40,8 % des électeurs.
Or, il est tombé à 36,7 % d'appuis en juin 2004, à 30,2 % en janvier 2006 et à 26,2 % il y a quelques jours. La chute est graduelle et constante.
Quand on prend l'angle des huit dernières années, la dégringolade est brutale. Le PLC a perdu près de 100 circonscriptions! Plus de 1,6 million d'électeurs l'ont déserté.
Si on isole le Québec, le Parti libéral du Canada est passé de 36 sièges aux élections de 2000 à 13 aujourd'hui. Quelque 670 000 électeurs québécois l'ont abandonné depuis les trois dernières élections. C'est vertigineux et sans appel.
Il y a un petit problème nommé Stéphane Dion. L'homme est intègre. Il s'est battu honnêtement pour faire valoir ses convictions. Mais il n'a pas ce qu'il faut pour assumer la direction d'un parti.
Il y a surtout, cela dit, un gros problème nommé Parti libéral du Canada.
Au Québec, le PLC demeure associé au scandale des commandites. À cette lutte contre les souverainistes que Jean Chrétien avait honteusement cru pouvoir gagner à coups de visibilité et de dollars.
La marque libérale est entachée.
Dans le reste du Canada, le Parti a perdu ses repères politiques. C'est ce qui a permis à Stéphane Dion de le tirer à gauche alors que sa vocation est d'être au centre.
Les Michael Ignatieff, Bob Rae, John Manley et Dalton McGuinty ont ce qu'il faut pour tenter d'enrayer le déclin des libéraux.
Mais pour reprendre un jour le pouvoir à Ottawa, sans devoir nécessairement miser sur une déconfiture conservatrice, ce parti ne devra pas se contenter de se tourner vers une personnalité forte. Il devra réincarner le centre et renouveler sa vision des relations fédérales-provinciales.













