Accro à l'école

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Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) Face au décrochage scolaire, il n'y a pas seulement le ministère de l'Éducation qui doit enlever ses lunettes roses. Les parents, les élèves et l'ensemble de la société aussi. Pour que les jeunes Québécois persévèrent en classe, il n'appartient pas uniquement à l'école de déployer des efforts. Aujourd'hui plus que jamais.

C'est trop facile de faire porter tout le poids du décrochage au ministère, aux commissions scolaires, aux écoles, aux enseignants et aux multiples réformes. Bien sûr, le milieu scolaire doit veiller à ce que l'école soit pertinente, exigeante et stimulante pour tous les élèves, cancres et «bolés». Le personnel doit être compétent et en nombre suffisant. Les contenus de cours doivent être judicieux. Les évaluations doivent servir à mesurer réellement le niveau de connaissance des élèves et non à fournir de beaux tableaux au ministère de l'Éducation.

Mais le goût d'apprendre, de pousser plus loin ses connaissances et de s'engager dans une formation technique ou professionnelle ne germe pas uniquement à l'école. La valorisation de l'école et de l'éducation à la maison, dans la communauté et dans les médias constitue aussi un facteur déterminant.

Si comme société nous passons notre temps à dénigrer ce qui se fait à l'école, à considérer les enseignants comme des ignares qui profitent de deux mois de vacances estivales, et à entretenir la nostalgie du passé alors qu'une infime minorité d'individus poursuivait des études postsecondai­res, il ne faut pas s'étonner que l'éducation n'ait pas la cote auprès de certains jeunes. Pourquoi perdraient-ils leur temps dans une école qui ne vaut rien?

Si des adolescents décrochent, c'est aussi parce que des adultes ont décroché autour d'eux. Ils

ne mesurent pas l'importance d'avoir une formation académique et professionnelle solide. D'autres trouvent pas ailleurs fort commode de confier entièrement à l'école le soin de mener leurs jeunes vers la réussite. Le travail d'équipe (parents-école-communauté) offre pour­tant de meilleures chan­ces de succès.

Jeudi et vendredi, près de 400  personnes ont participé, au mont Sainte-Anne, aux premières Journées interrégionales sur la persévérance scolaire. La rencontre regroupait bien sûr des acteurs du monde scolaire, mais aussi des gens du milieu communautaire, des affaires, des syndicats et des élus municipaux. Que des individus oeuvrant à l'extérieur des écoles se préoccupent du décrochage scolaire est heureux. Évidemment, il ne leur appartient pas de gérer et de dicter le fonctionnement des écoles. Ils peuvent toutefois offrir un complément et un soutien. Ils peuvent faire cause commune avec l'école pour aider les jeunes à saisir la valeur de l'éducation et à persévérer.

Le moment est crucial pour le Québec. Non pas parce que le taux de décrochage ici est beaucoup plus élevé qu'ailleurs. À la veille de leur 30e anniversaire, 12 % des Québécois ne possèdent toujours pas de diplôme. Dans les autres provinces canadiennes,

11 % sont dans cette situation. Aux États-Unis, 13 %.

La rareté de la main-d'oeuvre qui pointe dans plusieurs secteurs d'activités peut cependant laisser croire à certains jeunes Québécois qu'ils n'auront pas besoin de rester longtemps  sur les bancs d'école pour dénicher un emploi dans l'avenir. Ce serait un bien mauvais calcul de leur part.

Les temps changent, mais une chose demeure. Les personnes qui poursuivent leurs études et qui obtiennent un diplôme et une qualification s'en tirent mieux socialement et économiquement que les autres. Selon l'économiste Pierre Fortin, chaque décrocheur prive le Québec d'un demi-million de dollars. On gagne à avoir des diplômés en quantité et en qualité. C'est toute la société qui est plus riche, et ce, à tous les niveaux.

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