La lecture du rapport d'investigation du coroner Jean Brochu sur le décès à Québec de l'immigrant italien Claudio Castagnetta laisse perplexe. Comment le sens civique élémentaire voulant que l'on porte secours à une personne en détresse a-t-il pu faire défaut à ce point?
Castagnetta, un homme de 32 ans, sans antécédents judiciaires, serait probablement encore vivant aujourd'hui si les policiers de la Ville de Québec et les agents des services correctionnels l'avaient conduit directement à l'hôpital plutôt que de le trimballer pendant des heures de la centrale de police, au palais de justice, au Centre de détention de Québec.
«Jusqu'à preuve du contraire, quelqu'un qui lèche les murs et s'asperge le visage avec l'eau de la toilette est perturbé et a possiblement besoin de soins médicaux», écrit le coroner.
Son enquête lui a permis de réaliser que plus d'une personne ont noté que Claudio Castegnetta n'était pas dans un état mental normal lors de son arrestation et de son incarcération. Mais, et c'est cela qui est déconcertant et inacceptable, personne n'a agi pour lui venir en aide. Le Dr Brochu parle «d'occasions manquées».
Il ne pointe aucun intervenant en particulier. D'ailleurs, la coroner en chef Louise Nolet ne demande pas d'enquête publique sur la mort du jeune homme, jugeant que le rapport de M. Brochu remplit pleinement les obligations légales du coroner.
En août dernier, le Directeur des poursuites criminelles et pénales a décidé qu'il n'y aurait aucune accusation criminelle portée contre les policiers et les agents correctionnels de Québec. Le rapport d'enquête de la SQ et le rapport d'autopsie ne lui permettaient pas de conclure que les intervenants avaient fait preuve de négligence criminelle ou usé d'une force excessive.
Sommes-nous condamnés à nous croiser les doigts et à espérer que jamais nous ou un des nôtres n'aurons à subir le même sort que Claudio Castagnetta si un jour nous dérangeons à cause de troubles mentaux ou parce que nous avons consommé une drogue ou abusé de médicaments? Nous ne pouvons prendre un tel risque.
Le coroner Brochu n'hésite pas à parler d'un «problème systémique». Il rappelle que d'autres coroners l'ont soulevé avant lui. M. Brochu soutient que la possibilité que des détenus les manipulent est toujours présente dans l'esprit des agents des services correctionnels. Il semble pourtant évident qu'une vie humaine doit prévaloir sur un possible risque de manipulation.
Des consignes précisent déjà aux policiers et aux agents des services correctionnels de Québec la démarche à suivre si l'état physique ou mental d'une personne nécessite une évaluation ou des soins médicaux.
Ils reçoivent également de la formation pour être capables de détecter si l'individu arrêté est sous l'effet de drogues ou de médicaments. La logique et le bon sens exigent que ces consignes et cette formation soient bien appliquées, et avec célérité. On ne peut les oublier de crainte que le détenu se moque de nous ou tente de nous manipuler.
Le coroner se tourne aussi vers le ministère de la Sécurité publique. Il souhaite qu'il agisse comme intermédiaire et catalyseur entre les corps policiers et les services correctionnels.
Un message clair doit en effet venir de haut. Si le ministre ne réagit pas au traitement réservé à Claudio Castagnetta, il ne faudra pas s'étonner que la liste des victimes s'allonge.











