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Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) En cette drôle de fin de campagne, y a-t-il encore de l'intérêt pour le choix de la prochaine équipe ministérielle à l'Assemblée nationale? Après la joute de politique extrême qui s'est déroulée cette semaine à Ottawa, le désabusement serait tentant. Mais voilà, au-delà de ce rocambolesque épisode, il y a toujours devant nous une décision très importante à prendre, compte tenu de l'inquiétant contexte économique.

Sur la base de la métaphore utilisée au départ par le premier ministre Jean Charest, à quelle paire de mains les Québécois devraient-ils confier le volant lundi soir? Tranchons d'emblée qu'il nous apparaît hautement souhaitable que le chauffeur désigné ait les coudées franches pour guider le prochain cabinet à travers le chaotique trajet qui l'attend.

En temps de crise, un nouveau gouvernement minoritaire, ce serait l'inutile incertitude, la porte ouverte aux menaces, aux compromis, aux demi-mesures. Ce serait l'obligation de ménager la chèvre et le chou, de constamment jeter un coup d'oeil vers l'arrière plutôt que de se concentrer sur le seul vrai défi à relever.

Un gouvernement majoritaire, c'est par contre s'assurer que le premier ministre aura autour de lui un nombre suffisant d'équipiers solides pour composer un cabinet à la hauteur de la mission à accomplir.

Sur ce dernier plan, l'opposition officielle à l'Assemblée nationale n'a pas fait la preuve d'une maturité suffisante pour espérer être considérée comme un choix gouvernemental sérieux. Si on en croit les sondages, l'Action démocratique du Québec et son chef, Mario Dumont, s'apprêtent à être jugés sévèrement par l'électorat. Trop probablement.

L'ADQ et son chef n'ont pas été sans excès, ni sans taches. Mais ils ont amené en scène une nouvelle génération de politiciens, dont certains éléments éloquents et talentueux comme les Sébastien Proulx et Éric Caire méritent d'être de retour. Seule à droite sur l'échiquier, l'équipe Dumont est également à l'origine de remises en question utiles à travers ses propositions audacieuses et provocantes. Ce fut le cas avec des questions comme celles de l'identité québécoise et de la plus grande place au privé en santé. L'apport adéquiste reste cependant assez mince.

Pour sa part, Pauline Marois s'apprête à livrer la marchandise attendue, soit un retour en force du Parti québécois à l'avant-scène. La chef souverainiste a d'abord habilement maté un parti redoutable. Elle a notamment forcé ses ouailles à faire preuve de réalisme. Le prix à payer était bien sûr de nourrir le fractionnement de la gauche.

Globalement, la chef péquiste a mené une campagne solide. Malheureusement, les débats autour de sa personnalité ont pris trop de place dans la chronique.

Le problème principal du Parti québécois au cours de la campagne a toutefois été de ne pas avoir réussi à se démarquer des propositions du Parti libéral du Québec. Réduction du nombre d'élèves dans les classes, création importante de places en garderie, investissements massifs dans les infrastructures, etc., il faut fouiller pour trouver les lignes de démarcation. L'élément clairement distinctif demeure l'objectif de souveraineté.

Or, l'humeur n'y est surtout pas. C'est l'économie qui inquiète. Et à ce chapitre, l'équipe libérale a habilement tiré son épingle du jeu au cours des dernières années. Les principaux indicateurs démontrent que, globalement, le Québec se tire honnêtement d'affaires, malgré l'incontournable ralentissement amorcé.

Le cabinet libéral est compétent, maîtrise la situation, a déjà actionné depuis un moment les leviers qui ont permis d'atténuer le choc. Il mérite donc de poursuivre le travail, surtout que le chef libéral a manifestement compris pendant son mandat minoritaire qu'il ne pouvait impunément faire fi du bon sens citoyen.

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