En fait, le geste n'est pas illégal en soi ? sauf si la gouverneure générale s'y objecte, ce qui serait étonnant! ? mais est-ce légitime pour autant? La réponse est non.
Le gouvernement conservateur est en sursis depuis qu'une coalition de partis d'opposition menace de le renverser. Pourvoir
des postes au Sénat dans ce contexte, c'est faire fi des fondements démocratiques des institutions canadiennes. Il faut d'abord avoir la confiance de la Chambre des communes!
Par ailleurs, il fallait une bonne dose de cynisme à M. Harper pour aller à l'encontre de ses propres engagements maintes fois répétés en faveur d'un Sénat élu. Comme plusieurs provinces s'opposent à ces modifications, dont le Québec qui en sortirait plus faiblement représenté, le premier ministre ne pouvait procéder à sa réforme constitutionnelle.
Sauf qu'il n'y a pas renoncé. Ne reculant devant rien, il aurait même convaincu ses nouveaux sénateurs de mettre leur siège en jeu le jour où les conservateurs obtiendront la majorité au Sénat ? si le gouvernement Harper survit jusque-là évidemment! En comptant sur le départ des sénateurs «libéraux» à l'âge de 75 ans, cela pourrait être dans deux ou trois ans. Mais pour cela, il fallait des partisans inconditionnels!
Quant aux sénateurs choisis, peu s'objecteront à la désignation de l'ancienne championne olympique Nancy Green ou du chef du Congrès des peuples autochtones Patrick Brazeau, mais il en va autrement de nombreuses nominations partisanes. Était-ce pour s'attirer les faveurs des médias avec qui il est à couteaux tirés qu'il a nommé le journaliste de CTV Michael Duffy et l'ex-journaliste de CBC et de CTV, Pamela Wallin?
La région de Québec n'y échappe pas avec deux des quatre nouveaux sénateurs du Québec. Même s'il fut maire de Beauport et président de la Communauté urbaine de Québec, Michel Rivard reste un organisateur conservateur notoire et la seconde, l'ex-députée de Louis-Hébert dans le gouvernement Mulroney, Suzanne Fortin-Duplessis, était coprésidente de la récente campagne conservatrice au Québec. Un tribut payé à la capitale pour avoir fait élire bon nombre de ses candidats?
Qu'il résiste ou non au vote sur le budget le 27 janvier prochain, M. Harper aura réussi à diminuer à 20 l'écart qui favorise les libéraux au Sénat. Mais à quel prix pour la démocratie!











