L'incendie a achevé l'oeuvre des vandales l'automne dernier. C'était prévisible. Combien d'édifices patrimoniaux sont ainsi disparus dans la fumée? Lévis est, après Québec et Montréal, la ville qui compte le plus grand nombre de ces bâtiments. Mais au rythme où ils disparaissent...
Les villes ne sont pas les seules à blâmer. Faute d'argent et soumises à un code de construction très contraignant pour la reconversion d'édifices, des fabriques sont dépassées par l'ampleur de la tâche. Pas étonnant que des propriétaires en viennent à souhaiter pouvoir tout raser pour mener à terme d'autres projets!
Faut-il sauver le monastère des Dominicains et la chapelle des Franciscaines sur la Grande Allée? Tout dépend de la valeur qu'on leur accorde.
Fallait-il sauvegarder la façade de l'église Saint-Vincent-de-Paul en obligeant le promoteur à l'intégrer à son projet d'hôtel? Le «façadisme», n'en déplaît à la ministre Christine St-Pierre, n'est pas non plus la meilleure des politiques. On cherche en vain le lien entre le saint patron des pauvres et un hôtel de luxe!
Tous les édifices patrimoniaux n'ont évidemment pas la même valeur de conservation. L'idéal serait une reconversion à des usages communautaires ou culturels (bibliothèques, centres d'art...) quand c'est possible. Les municipalités ont aussi le pouvoir de les citer pour les protéger. Pourquoi s'en abstiennent-elles?
La Commission de la culture de l'Assemblée nationale recommandait, au terme de ses audiences il y a deux ans, que la Fondation du patrimoine religieux soit transformée en Conseil du patrimoine pour y intégrer la société civile. En effet, la sauvegarde du patrimoine religieux est l'affaire de tous, communautés de croyants ou pas. L'État pourrait en profiter pour faire passer son financement de 15 à 25 millions $ tel que recommandé.
Il faut aussi explorer d'autres avenues. Le problème, c'est que les propriétaires en question ? souvent des communautés religieuses sans le sou ni relève ? ne trouvent que des promoteurs immobiliers comme interlocuteurs.
Peu de citoyens seraient prêts à assumer une taxe de secteur pour permettre la conservation d'un bien patrimonial voisin. Quand ils se mobilisent, c'est pour s'opposer à un projet! Ils doivent s'impliquer pour trouver des solutions susceptibles de concilier les intérêts des uns et des autres. Sur le Plateau-Mont-Royal, par exemple, des condos ont pu être construits au pourtour du Carmel en échange de l'accès aux jardins pour les résidants.
La Commission des biens culturels planche actuellement sur le transfert de droits selon une pratique courante à Vancouver et aux États-Unis : on autorise une certaine densification en échange de compensations financières des promoteurs afin de préserver une chapelle historique du voisinage, par exemple.
Quand la démolition devient incontournable, pourquoi n'en rappellerait-on pas les principaux éléments patrimoniaux en façade par une intégration architecturale appropriée, sinon en les mettant en valeur dans un atrium ou un hall d'entrée? Le pourcentage exigé pour l'art (1 %) pourrait aussi servir à honorer la mémoire de nos artisans et de nos bâtisseurs.
Si on se rappelle que la Ville de Québec a déjà eu pareille norme lors de la construction du Saint-Patrick, on serait enclin à croire que cette exigence a peu de chance d'être respectée, mais encore faut-il que nos élus fassent preuve de vigilance et d'un peu de courage dans son application!











