Ce n'est pas parce qu'une chose a été valable à un moment qu'elle le demeure. Ainsi en est-il de la coalition mise sur pied le 1er décembre par le Parti libéral du Canada et le Nouveau Parti démocratique avec le soutien du Bloc québécois.Que les clés de la maison puissent encore, d'un point de vue constitutionnel, lui être confiées, c'est une chose. Mais cet hypothétique transfert du pouvoir ne serait plus défendable d'un point de vue politique.
Le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, présentera son budget dans une semaine. Un vote de confiance - ou de défiance - suivra peu après. Ce test décidera de l'avenir à court terme du gouvernement Harper et, conséquemment, de celui de la coalition.
Pourquoi ne mérite-t-elle plus d'être appuyée? D'abord et avant tout parce qu'elle a été mise sur pied pour combattre des aberrations qui n'existent plus.
Le gouvernement a abandonné ses projets de suspendre le droit de grève dans la fonction publique et de couper les contributions de l'État aux partis politiques. Il a même devancé la présentation de son budget.
Ensuite, parce que l'actuel chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, qui deviendrait directement premier ministre si la coalition prenait le pouvoir, n'était pas à la tête de sa formation politique lors des dernières élections. Il a beau être plus populaire que son prédécesseur, démontrer plus de capacités et d'habiletés que Stéphane Dion, il n'a jamais sollicité l'appui des électeurs pour ce poste.
La troisième raison pour laquelle la coalition ne doit plus prendre le relais tient au calendrier. Dans cette affaire, le temps est une variable importante. Même si elles sont récentes, les dernières élections n'ont pas eu lieu il y a quelques jours mais il y a trois mois. Un facteur à considérer.
Dernier argument : la coalition n'est plus un mouvement politique. Elle est devenue un jouet tactique dans les mains de Michael Ignatieff. Elle a changé de nature depuis sa création.
Il importe donc peu aujourd'hui de savoir si la coalition est en santé, fragile ou moribonde. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'elle n'est plus une solution.
Est-ce à dire que, si le budget 2009-2010 des conservateurs n'est pas satisfaisant, il faudra se résigner à des élections? Non.
Non, parce qu'un gouvernement minoritaire, aussi mal-aimé soit-il, n'a pas à tout soumettre à l'arbitrage de ses adversaires. Il doit tenir compte de certains de leurs points de vue, mais pas de tous. Un budget n'a pas à être totalement satisfaisant pour être adopté.
À nos yeux, des réductions d'impôt seraient inopportunes. Elles grèveraient les finances publiques. Mais elles n'autoriseraient pas les partis d'opposition à faire tomber le gouvernement Harper. Surtout pas s'il présente également des mesures destinées à soutenir les plus vulnérables et à relancer l'économie, comme on peut maintenant raisonnablement le croire.
Les partis d'opposition ont déjà poussé le gouvernement dans ses derniers retranchements. Ils doivent à leur tour, et nous tous, accepter d'avaler quelques couleuvres - accepter que tout ne soit pas comme nous le voudrions.
Qu'on le veuille ou non, le Parti conservateur demeure le parti ayant obtenu le plus de votes en octobre. En démocratie, cela signifie quelque chose.
Ah, si la machine médiatique pouvait cesser de faire croire que les oppositions officielles se ridiculisent en appuyant les budgets des gouvernements!
On a beau vivre dans une configuration de gouvernement minoritaire, les rapports de force ne doivent pas s'exercer de façon bête et primaire.
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