Nous ne récrirons pas l'histoire. Cette défaite fut douloureuse, car elle fut le prélude à une volonté d'assimilation de la part des conquérants : cela devait lancer le peuple francophone d'Amérique dans une lutte de survivance de chaque instant.
Oui, bien sûr, nous pouvons ? et nous devons ? nous en rappeler; le devoir de mémoire nous le commande. Peu d'esprits chagrins s'objecteront à ce qu'on le fasse correctement, que ce soit dans un manuel d'histoire, dans un musée ou par une reconstitution historique appropriée. C'est là faire preuve de maturité.
Le 1er août, 2000 participants rappelleront la victoire des Anglais. Le lendemain, celle des Français. Il y a beaucoup d'engouement de la part d'historiens amateurs pour faire pareilles reconstitutions de batailles célèbres, que ce soit en Europe ou sur le continent. Les Américains en sont particulièrement friands.
Ceux-ci sont d'ailleurs venus ici même rappeler leur propre défaite de 1775 aux mains des troupes anglaises. En 2004, quelque 100 000 spectateurs ont grandement apprécié l'activité touristique. L'action est hautement divertissante, mais aussi très pédagogique.
Sauf que les politiciens n'y ont pas leur place. La députée de Taschereau, Agnès Maltais, a raison de s'inquiéter de la présence possible de la ministre fédérale Josée Verner. Si c'était le cas, il serait pour le moins risqué d'y voir là, non plus une reconstitution historique, mais plutôt de la récupération politique. Et Ottawa donnerait raison aux souverainistes qui y voient un triste rappel de l'humiliation de la Conquête.
Il ne faudrait pas que le gouvernement Harper se fasse du capital politique avec la reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham comme il l'a fait durant les Fêtes du 400e de Québec lorsqu'il a prétendu que l'anniversaire de la ville fondée par Champlain marquait aussi la naissance du Canada.
Malgré le froid mordant qui sévit sur les Plaines, le président de la Commission des champs de bataille, André Juneau, marche sur des charbons ardents. Il devra s'assurer qu'aucun politicien ne viendra souffler sur la braise. À moins que l'on veuille vraiment mettre le feu aux poudres!










