Grâce à cette transformation extrême, Stephen Harper va facilement atteindre son objectif de prolonger de quelques mois la vie de son gouvernement. Mais le budget déposé hier par le ministre Jim Flaherty révèle aussi que le chef conservateur est vraiment prêt à n'importe quoi pour conserver le pouvoir.Déjà suspect dans l'Ouest avec son fédéralisme d'ouverture, M. Harper aura éventuellement à rendre des comptes sur le retour au déficit gouvernemental prévu pour plusieurs années et sur sa floppée de dépenses qui envoie valser les milliards dans toutes les directions.
Aujourd'hui, évidemment, il y en aura bien peu pour le lui reprocher. Son budget sera accueilli avec un grand ouf de soulagement généralisé. Les mesures contenues dans le document déposé hier aux Communes par le ministre des Finances devraient bel et bien donner à l'économie canadienne le coup de fouet salutaire espéré.
Grâce à lui, bien des travailleurs vont pouvoir rester en poste, des chômeurs, développer de nouvelles compétences, des contribuables à faible revenu, souffler un peu et des entreprises, passer à travers la crise qui les menaçait.
Mais si le budget est bel et bien efficace, il est cependant loin de soutenir une vision claire et ciblée de ce que doit devenir l'économie canadienne. Il aurait fallu que les conservateurs soient de vrais magiciens pour réussir à concilier en aussi peu de temps des mesures d'aide pour chacune des régions du pays, tout en coordonnant leurs effets pour qu'elles participent à rehausser globalement la productivité canadienne ou qu'elles favorisent le passage au vert de notre économie.
Ce budget sera d'autant mieux accueilli qu'il fait politiquement bien plus d'heureux à Ottawa que de mécontents. Voyant disparaître sa plus sérieuse occasion de toucher au pouvoir à travers la coalition, le NPD est le seul lésé. Pour les bloquistes, rien ne presse pour aller vérifier si l'arrivée de Michael Ignatieff est bel et bien la sérieuse menace anticipée au Québec.
Quant aux libéraux, ils ont toutes les raisons de sourire. Le premier ministre Harper a tellement bien répondu à leurs exigences qu'il en a l'air obéissant. Le chef libéral peut donc critiquer l'exercice à loisir, que ce soit en raison de l'éparpillement ou de sa faiblesse environnementale. Mais il était déjà clair hier, à travers ses commentaires à la sortie des Communes, qu'il allait assurer la survie du gouvernement. Comment pourrait-il en être autrement?
C'est en effet le meilleur des deux mondes d'un point de vue libéral. M. Ignatieff se défait d'une coalition potentiellement dangereuse, gagne du temps pour asseoir son leadership et refaire les finances et l'organisation du parti, tout en coinçant son vis-à-vis conservateur dans le rôle de celui qui a été piteusement pris en faute et ramené dans le droit chemin.
Défaire le gouvernement sur ce budget serait suicidaire. Familles, travailleurs, entreprises, communautés, gouvernements, tous réclamaient de l'action. Or, dans la plupart des cas, ils ont maintenant plusieurs raisons d'être heureux.
Pour ce qui est de la région de Québec cependant, il est maintenant clair que la manne, c'était en 2008.











