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Jean-Marc Salvet
Le Soleil

(Québec) Le gouvernement canadien doit redevenir propriétaire du pont de Québec, comme le lui suggère le Bloc québécois. Il ne peut plus laisser cette infrastructure patrimoniale dans les mains du Canadien National, qui refuse même d'assurer son entretien minimal.

N'accusons pas les conservateurs d'avoir décidé de passer par les tribunaux en 2007 pour faire entendre raison au CN. La mauvaise foi du transporteur ferroviaire est telle que les libéraux fédéraux auraient également fait appel à un juge s'ils étaient demeurés au pouvoir.En novembre 2005, l'ancien ministre libéral Jean Lapierre avait d'ailleurs déjà envoyé une mise en demeure au CN. Il voulait l'obliger à compléter le programme d'entretien du pont.

Les travaux de réfection avaient été stoppés quelques mois plus tôt. Ils n'ont jamais repris depuis.

N'accusons pas le gouvernement Harper d'avoir opté pour la voie judiciaire, donc, mais invitons-le à envisager d'aller beaucoup plus loin dans un avenir rapproché. Invitons-le à considérer l'avis de ceux qui croient que la propriété de ce joyau du génie civil doit redevenir publique. C'est en effet devenu une nécessité.

Deux raisons à faire valoir. La première, la plus importante, est que le Canadien National ne se sent aucune responsabilité particulière à l'égard du pont de Québec.

Il s'en désintéresse tellement en fait qu'il serait prêt à le rétrocéder à Ottawa contre la somme symbolique d'un dollar.

Or, le désintérêt mène à la négligence. Il n'y a aucune raison de croire que la situation sera différente dans 20 ans.

Le second argument repose sur le principe qu'un ouvrage d'art comme celui-là doit appartenir à la collectivité. Pour le transporteur ferroviaire, le pont de Québec est d'abord une voie utilitaire. Il ne sera jamais le plus long pont cantilever au monde.

S'il en redevenait propriétaire, le gouvernement canadien hériterait bien entendu des responsabilités qui vont avec. Ce serait à lui - à nous tous - de débourser les millions de dollars nécessaires à son entretien non seulement structurel mais esthétique.

Mais si la Cour supérieure devait conclure que le CN a bel et bien manqué aux engagements pris en 1993, lorsque le pont lui a été cédé, une partie de la facture devra lui être envoyée. Sans compter qu'il devra payer un droit de passage pour ses trains.

Qu'Ottawa n'attende pas une décision judiciaire finale pour agir, car le Canadien National semble prêt à faire traîner les procédures en longueur.

Or, plus le temps passe, plus la facture grossit. Et plus la rouille s'étend.

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