Bataille inutile

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Jean-Marc Salvet
Le Soleil

(Québec) La Commission des champs de bataille nationaux sortira mardi du mutisme dans lequel elle s'est claquemurée depuis l'éclatement de la controverse entourant la reconstitution de la défaite française de 1759. La sagesse devrait l'inciter à abandonner ce projet.

Plusieurs diront qu'elle plie devant les plus virulents des opposants si elle change son fusil d'épaule. Pour la Commission des champs de bataille, il ne s'agit pourtant pas aujourd'hui de décider si elle fera plaisir ou pas au cinéaste Pierre Falardeau.

La principale raison pour laquelle elle devrait renoncer à cette reconstitution est ailleurs : elle a l'obligation de tenir compte du fait que ce projet, qu'elle le veuille ou non, a fini par heurter la sensibilité de nombreux citoyens ? des citoyens pas nécessairement militants politiques. Des souverainistes, bien sûr, mais pas seulement.

Le premier ministre Jean Charest a lui-même pris ses distances de cette initiative. Même si c'est d'abord son flair politique qui l'a guidé ? sa ferme résolution de flotter au-dessus de toute controverse ?, il n'en demeure pas moins que le chef libéral n'a jamais soutenu le président de la Commission des champs de bataille, André Juneau, dans cette affaire.

Tout le monde n'est pas heurté dans sa chair par ce projet. C'est vrai. Pour toutes ces personnes, très nombreuses aussi, il ne s'agit pas de célébrer, mais de se remémorer ? voire de pleurer la défaite française de 1759 et de se réjouir de la victoire de la France l'année suivante.

Elles auraient raison de tenir mordicus à cette reconstitution si la Commission avait bien fait son travail. Le problème est qu'elle l'a bâclé.

Elle-même l'a reconnu. Son président a récemment laissé tomber que son organisme a été pressé par le temps. Étonnant! Une piètre défense. Une façon comme une autre, surtout, d'admettre qu'il a été maladroit dans la présentation des événements à venir.

C'est le moins qu'on puisse dire.

L'autre problème est que le mal est fait. Il est trop tard. Ceux que cette reconstitution ne dérange pas vraiment ? et les autres qui, légitimement, en leur âme et conscience, la voient comme un devoir de mémoire ? ont été lâchés par la Commission des champs de bataille. Ils se portent à la rescousse de ce qu'elle-même est incapable de défendre depuis que le débat a enflé.

Il est rare de voir une organisation être à ce point incapable, pendant des jours et des jours, d'expliquer et de justifier ses projets. Ce n'est pas pour rien qu'elle a indiqué qu'elle allait refaire ses devoirs.

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