Le Parti québécois tente simplement de faire du millage politique avec son idée de geler les tarifs des services publics. Une telle mesure, qui reporte à plus tard le paiement de factures, ne peut prétendre atténuer la crise et relancer l'économie.
Comment peut-on penser contrer la crise économique en demandant que la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) renonce cette année à une hausse de 3 $ sur le coût d'immatriculation d'un véhicule de promenade et de 14 $ sur celui du permis de conduire?
L'exemple est boiteux, direz-vous. Prenons donc la facture d'électricité qui a grimpé de 15 % depuis 2004 après des années de gel. Oui, la note est lourde pour la personne qui se retrouve sans emploi. Mais que fait-on pour les gens qui chauffent leur logis au gaz ou au mazout? Et où l'État prendra-t-il l'argent pour payer les factures en santé, en éducation, en aide sociale si Hydro doit renoncer à des profits?
Pauline Marois suggère de pelleter les problèmes en avant. En invitant le gouvernement à décréter un blocage de tarifs, son parti provoque de plus un remue-ménage dans des organismes qui ont établi depuis plusieurs mois, et sur plus d'un an, leur grille tarifaire.
Le moment est mal choisi pour fragiliser les sociétés d'État et les finances publiques en les privant d'entrées de fonds. Pour éviter de trop s'enfoncer dans des déficits, l'État doit être parcimonieux et venir en aide aux personnes les plus affectées par le ralentissement. Il doit aussi investir pour soutenir la création d'emplois et la formation, afin d'insuffler une relance. Bloquer les tarifs enverrait un signal psychologique positif? Rien ne garantit que les citoyens consommeront plus et auront davantage confiance dans l'économie. Ils savent aussi pertinemment qu'ils devront un jour ou l'autre payer la note.
Les interventions politiques et la partisanerie ont trop souvent nui par le passé à l'établissement de tarifs fondés sur l'évaluation des coûts réels ou sur le marché. À l'approche d'une campagne électorale ou lorsque leur popularité baisse, les partis politiques retardent l'annonce des mauvaises nouvelles même s'ils savent, chiffres à l'appui, qu'une majoration des prix est inévitable. Ils préfèrent diriger les citoyens dans un cul-de-sac. La tarification des services publics est toujours pour eux une patate chaude. L'an dernier, les libéraux ont demandé à un groupe dirigé par Claude Montmarquette d'examiner la question. Ils ont vite rangé le rapport sur une tablette, même si Pauline Marois souhaitait un débat public.
Cette année, les rôles sont inversés. Monique Jérôme-Forget semble tentée de dépoussiérer le rapport. Les péquistes préconisent pour leur part un gel à cause du contexte économique. Qui plus est, le PQ relie les hausses annoncées aux mauvais résultats de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Vraiment, le PQ étire l'élastique. Les hausses de tarifs à la SAAQ ont été déterminées en 2006. À cause du laxisme et du manque de courage des politiciens, il devenait impérieux de revoir les tarifs quasi inchangés depuis 20 ans pour ne pas que la caisse tombe à sec en 2018.
La Régie des rentes du Québec prévoit également une révision périodique de ses cotisations et de ses indemnisations. Celle en cours a été lancée en juin. Quant aux cotisations à l'assurance parentale, la majoration a aussi été enclenchée l'an dernier, à cause de la grande popularité du programme.
En période de crise, les partis devraient s'abstenir de proposer des solutions douteuses comme celle du gel des tarifs. Le gouvernement devrait aussi éviter de refiler les factures qu'il a gardées dans ses poches durant la campagne électorale. La confiance en l'économie est importante. Celle à l'égard des politiciens n'est pas non plus à négliger.










