Pour appuyer ce point de vue, il faudrait oublier que 720 000 électeurs sont restés chez eux le 8 décembre, dont de très nombreux adéquistes déçus. Des électeurs qui n'ont pas été attirés par le «centre centre droit» du PLQ ou le centre gauche du PQ.
Pour l'appuyer, il faudrait aussi ne pas comprendre que l'échec électoral adéquiste était d'abord celui de Mario Dumont.
Dans cette colonne, nous avons reproché pas mal de choses à l'Action démocratique du Québec au fil des ans. Cela ne nous a pas empêchés de considérer qu'elle avait entre les mains le programme le plus solide de son histoire l'automne dernier. Pas parfait, mais plus fin et nuancé que jamais.
Le problème est qu'il était trop tard. Mario Dumont avait été totalement inconsistant à la tête de l'opposition officielle.
Cela pour dire que la déconfiture de l'ADQ en décembre est plus une affaire de personne - de personnes au pluriel, devrait-on écrire afin d'inclure son entourage immédiat - que d'idées ou de philosophie.
Voilà pourquoi il faut éviter de croire que les Québécois sont par nature allergiques à la droite ou au centre droit.
Ce jugement carré appartient au Québec mythique imaginé par certains. Il relève de ce même grand mythe voulant, dans un autre domaine, que nous soyons plus verts et plus attachés à l'environnement que les autres. Globalement, nos comportements individuels nous rangent pourtant plutôt dans la catégorie des cancres environnementaux.
Mais passons...
Ce qu'il faut préciser à propos de l'ADQ est qu'il est difficile d'exister entre le Parti libéral et le Parti québécois. Le PLQ et le PQ occupent le terrain de notre débat phare, celui des liens actuels ou futurs du Québec avec le reste du Canada.
Par contre, ce qu'il faut faire valoir, au moment où Mario Dumont s'apprête à passer la main, est qu'il doit y avoir une place pour un parti de centre droit au Québec. Parlons de «centre droit» puisque le curseur de l'ADQ est plus là qu'à droite.
Il doit y avoir une place pour un parti comme celui-là parce que de nombreux citoyens sont sensibles aux idées provenant de ce côté du spectre politique - n'en déplaise à ceux qui voient le Québec uniquement comme ils voudraient qu'il soit.
Ensuite, parce que rien n'est pire que l'unanimisme. Pour le meilleur et pour le pire, l'ADQ a forcé bien des débats de société depuis qu'elle existe.
D'autres sont à mener. On pourrait par exemple se demander si le principe d'universalité cher à la gauche ne finit pas parfois par favoriser les plus fortunés.
Bien que toutes les notions de droite et de gauche soient floues et mouvantes, il existe des droites populistes et exécrables, ainsi que des gauches populistes et détestables.
En face, il existe des droites et des gauches respectables. Celles-là sont animées par des personnes cherchant à mieux concilier les principes d'équité avec ceux de l'efficacité ou du libre choix. Leurs disputes portent sur le dosage.
C'est dans ce créneau que nous souhaitons voir l'Action démocratique oeuvrer - ou une autre formation de centre droit qui la remplacerait éventuellement un jour.
Le successeur de Mario Dumont devra avoir une sensibilité de centre droit plutôt qu'une mentalité d'idéologue.
Il devra être un excellent communicateur. Une condition essentielle pour exercer une fonction politique.
Il devra aussi avoir de la profondeur. De la profondeur? Être capable, comme cela se fait ailleurs dans des partis semblables, d'articuler des propositions sur la régulation du libéralisme, par exemple.










