Et leur proposition avait un caractère audacieux certes, mais aussi terriblement ambigu. Elle suggère à la ministre des Finances rien de moins que de remettre aux moins bien nantis des «bons de consommation» pour doper momentanément la consommation.Desjardins est-il en train de nous dire que notre système de sécurité sociale s'écroule et qu'il faut nourrir nos concitoyens à faible revenu? Que non! Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, il ne s'agit pas d'une nouvelle formule de soutien aux plus démunis pour affronter la crise ou d'un retour aux tickets de rationnement de la dernière guerre. Encore moins d'un jugement critique sur le filet de sécurité sociale québécois.
Il s'agit d'une mesure strictement économique pour stimuler «rapidement» la consommation sur une base ponctuelle et très locale (le Québec), explique Desjardins. Une forme de consommation quasi forcée, mais limitée dans le temps.
Comme les pauvres sont - besoins obligent! - plus enclins à dépenser, c'est par eux que l'on ferait transiter cette aide indirecte à la production québécoise. On songe même à exclure les marchés d'alimentation et les pharmacies qui réussissent mieux, même en période de crise. Aux États-Unis, les quelque 106 milliards $ retournés en chèques aux citoyens par l'administration Bush ont souvent servi à l'épargne plutôt qu'à la relance. Même chez les moins nantis. Desjardins suggère donc de recourir à des cartes à puce qui devraient être utilisées pour des achats au Québec, dans une période de temps déterminée.
Une telle proposition étonne. Utiliser les moins bien nantis (ménages avec un revenu de 45 000 $ et moins) comme vecteurs conscrits d'une aide à la production locale a de quoi surprendre. À plus forte raison qu'une coopérative d'épargne les incite ainsi à la consommation à tout prix.
Mais pour d'autres économistes, elle a surtout un biais majeur. Il s'agit d'une proposition au caractère nettement protectionniste qui, si elle était suivie dans plusieurs autres pays, mènerait directement au repli sur soi et contribuerait à accentuer la crise sur le plan mondial. Ce que l'on a justement reproché au plan de relance américain.
Voilà qui met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les gouvernements locaux pour pallier les aléas d'une crise mondiale.










