Sur les deux millions de personnes mortes du sida en 2007, les trois quarts habitaient l'Afrique subsaharienne. Dans le monde,
33 millions de personnes sont infectées par le VIH, selon le dernier rapport annuel de l'ONU sur le sida. De ce nombre, 22 millions d'hommes, de femmes et d'enfants vivent en Afrique subsaharienne.
Selon le pape, il faudrait malgré ces données funestes renoncer au préservatif, le moyen le plus simple et le plus accessible pour repousser la maladie et la mort. Cela est contraire au bon sens, mais aussi, contraire à la vie.
Que le souverain pontife préconise l'abstinence n'étonne personne. Pas plus s'il répète qu'il faut renoncer aux relations sexuelles précoces ou avant et hors du mariage. Il véhicule les valeurs de son Église. Lorsqu'il affirme que la distribution de préservatifs aggrave le problème du sida, Benoît XVI s'égare cependant dangereusement. Son message risque de coûter la santé et la vie à des millions d'individus, dont des enfants.
On peut bien juger limitée l'influence de l'Église et du pape. Ils ont beau s'opposer à l'avortement, à la contraception, aux relations sexuelles avant le mariage, cela n'empêche pas de bons catholiques d'aller à l'encontre de ces directives.
Il existe cependant des catholiques qui, à cause de leur foi ou d'un manque d'information, ne remettront pas en question la parole du pape. Ils lui accordent une grande autorité morale. D'autres s'y accrocheront pour ne pas avoir à adopter des comportements plus responsables. C'est pourquoi les propos de Benoît XVI ont été condamnés, avec raison, par ONUsida, des médecins, des organismes humanitaires et des ministres.
Scientifiquement, il est démontré que le condom, utilisé correctement et régulièrement, est l'un des meilleurs moyens pour prévenir la transmission du VIH. Bien sûr, l'abstinence serait aussi un bon moyen. Il est cependant irréaliste de penser que les humains cesseront d'avoir des contacts sexuels. Le pape devrait tenir compte de cette réalité terrestre. Cela ne l'empêcherait pas de promouvoir les relations durables et la fidélité sexuelle.
Malgré des avancées importantes, il est illusoire de penser que la lutte contre le sida est gagnée pour de bon. Dans les pays industrialisés, la disponibilité de médicaments antirétroviraux permettant aux personnes infectées par le VIH de survivre a fait croire à certains que la prévention n'était plus nécessaire. Grave erreur. On assiste à une résurgence des cas d'infection.
L'Afrique, avec ses maigres moyens, a aussi connu des succès dans son combat contre le sida même si les traitements sont encore trop souvent inaccessibles. Des campagnes d'information et de prévention ont modifié les comportements. Par exemple, au Cameroun, le nombre de jeunes ayant des relations sexuelles avant l'âge de 15 ans a diminué. Il est passé de 35 à 14 %.
ONUsida constate aussi que l'usage du préservatif a augmenté dans plusieurs pays africains chez les jeunes ayant plusieurs partenaires. Ces gains ne doivent pas être balayés par l'intervention du pape.
Depuis la sortie du pape en début de semaine, le Vatican tente d'atténuer le sens du message qu'il a lancé dans l'avion le menant au Cameroun. La distribution de préservatifs n'augmente pas le problème du sida comme l'avait d'abord dit le pape, mais «risque» de l'augmenter. Même avec cette nuance, son propos demeure inacceptable pour un homme qui prône la vie.












