Qu'on en juge : selon l'agence spécialisée Breakingviews, les 20 principales puissances économiques de la planète se sont mises d'accord pour créer des mécanismes de détection des bulles apparaissant sur les marchés de crédit. Des outils capables de les détecter et de les faire éclater avant qu'elles gonflent de manière insupportable.
Les capitales de ce nouveau directoire mondial s'entendraient aussi pour que les banques renforcent leur capital et leurs réserves de liquidités. Également pour qu'elles gèrent le risque plus efficacement. Enfin, pour qu'elles modifient leurs pratiques de rémunération - du moins celles basées sur la recherche de rendement extrême à très court terme.
Pourquoi parler de ces points d'accord comme des évidences? Parce qu'il n'y a guère plus qu'une poignée de financiers ultralibéraux et bornés pour décrier de tels principes. Ils sont largement consensuels.
Tout le monde ou presque en reconnaîtra d'ailleurs la nécessité lorsqu'ils commenceront à faire les manchettes, la semaine prochaine, alors que les chefs d'État et de gouvernement du G20 se réuniront à Londres.
Le paradoxe, car il y en a un, est que ces points d'accord, tout en allant de soi, permettront un véritable bond en avant s'ils se concrétisent dans la réalité.
Insistons là-dessus : s'ils se concrétisent. Car le problème ne sera déjà bientôt plus de s'entendre sur le quoi. Il sera de définir le comment. Il sera de donner vie à ces objectifs.
Ces points d'accord marqueront une quasi-révolution si, par exemple, le Fonds monétaire international peut compter sur une capacité d'intervention financière accrue. Et si c'est à lui que sont confiés, à l'échelle mondiale, les outils d'alerte précoce sur l'apparition des crises.
Ils marqueront une rupture avec le passé si, autre exemple, et à son échelle, Washington fait en sorte que de grandes institutions financières - pensons à des assureurs comme AIG et à des banques comme Citigroup - ne puissent plus prendre de risques inconsidérés en se disant qu'elles sont trop grosses pour que les pouvoirs publics les laissent tomber en cas de pépin. Des géants comme eux devront être placés sous la loupe constante des autorités nationales.
Oui, ce serait un réel changement de perspective si le plan du G20 était adopté et se concrétisait de la sorte.
Gardons-nous toutefois de toute réjouissance prématurée. Attendons qu'il soit adopté et surtout appliqué dans les pays membres du groupe et les autres, c'est-à-dire qu'il soit traduit dans les lois et règlements.
Bien sûr, ceux qui s'attendaient à une refonte du capitalisme seront déçus des mesures qu'entérinera le G20. Mais il n'a jamais été question de «refonder le capitalisme», sauf peut-être dans la bouche du fougueux président français, Nicolas Sarkozy.
L'objectif réel a toujours été de réformer non pas le «système» en général, mais de nettoyer le «système financier».
D'autres critiques porteront sur le fait que des sorciers de la finance trouveront toujours des moyens de contourner les nouvelles règles. C'est vrai. C'est même une lapalissade. La cupidité et la logique du toujours-plus-toujours-plus-vite continueront de prévaloir. Elles sont inscrites dans la nature humaine.
N'empêche que, pour une rare fois, les chefs d'État et de gouvernement auront joué le rôle qu'on attend d'eux s'ils s'entendent sur des mesures de régulation.
Ce sera vrai même si les mesures qu'ils poussent sont insuffisantes et qu'elles vont de soi dans le contexte actuel.










