Non pas que Radio-Canada doive être totalement à l'abri des effets de la récession. Il est normal que des efforts soient aussi exigés de la société d'État. Surtout que certains de ses déploiements ne pèchent pas par leur modération. Il y a de même place pour un peu d'allègement dans sa structure de gestion et de fonctionnement.
Bref, la chute de ses revenus publicitaires n'a pas à être systématiquement compensée par du financement public. Le gouvernement fédéral est actuellement sollicité de toutes parts et a bien des attentes légitimes à combler.
Mais c'est tout de même le dixième de son effectif qui sera retranché au cours des prochaines semaines. Ça n'est pas sans conséquences. Ici à Québec, ça signifie la disparition du bulletin de nouvelles télé du midi en semaine, de RDI junior, et celle de l'émission radiophonique du dimanche après-midi. Ce sont des heures de production locale de qualité perdues.
On peut plaider que la région, avec ses deux quotidiens et sa kyrielle de médias électroniques, a à sa disposition les moyens de se garder bien informée. Certes, mais Radio-Canada, c'est non seulement une référence sérieuse en information locale et régionale, mais c'est également une ouverture sur le Québec, le Canada et la planète tout entière. C'est une présence dans des secteurs de l'activité humaine qu'elle est bien souvent la seule à fréquenter pour nous.
Qui d'autre s'intéresse à la fois à la science, aux religions, aux pratiques artistiques marginales, à la politique internationale, aux problèmes des communautés installées loin des grands centres? Sur bien des plans, Radio-Canada est dans une classe à part.
Elle est le remarquable résultat d'un choix de société posé avant la Seconde Guerre mondiale et dont on ne saurait sérieusement remettre en question la pertinence encore aujourd'hui. Comme de très nombreux autres États, le Canada a misé sur un service public d'information de qualité, moins soumis aux diktats des annonceurs et des cotes d'écoute.
Le prix à payer est élevé. Le budget de Radio-Canada dépasse le milliard de dollars. Mais son mandat est complexe, et sa présence multiple. Qu'on songe simplement aux exigences de bilinguisme et de sa présence régionale à la grandeur du pays.
Mais grâce aux moyens importants dont elle dispose, elle peut par exemple s'attarder en plus au Grand Collisionneur de hadrons, cet accélérateur de particules unique au monde, installé à la frontière franco-suisse et qui fait travailler des physiciens québécois. Au-delà d'une petite nouvelle...
Sérieusement, si la société d'État n'était pas au rendez-vous avec son professionnalisme et ses spécialistes, il y aurait un grand trou dans le paysage médiatique canadien. Et même si la nature a horreur du vide, il est loin d'être assuré qu'il serait adéquatement comblé.
Or, l'institution radio-canadienne est actuellement menacée. L'attaque n'est pas frontale, elle est insidieuse. C'est l'absence de sensibilité qui la force au rapetissement. Si l'actuelle rationalisation fait mal, elle n'est pas fatale. Cependant, une nouvelle cure minceur dès la prochaine année serait, elle, dramatique. Personne ne prétend que Radio-Canada soit parfaite, mais elle est nécessaire pour combler bien des lacunes du paysage médiatique canadien. Elle doit donc être protégée, surtout quand l'incertitude règne en maîtresse dans tout le reste de l'industrie.










