Depuis un moment déjà, les municipalités tirent la sonnette d'alarme : les milliards de dollars consacrés aux travaux d'infrastructures tardent à sortir des coffres fédéraux. Les villes craignent même que le feu ne tourne au vert trop tard pour permettre de lancer les chantiers cet été.
S'il faut en croire la Fédération québécoise des municipalités, même les formulaires pour demander l'argent ne sont pas prêts. Pourtant, la semaine dernière encore, le premier ministre Harper a rappelé que «ces milliards ne seront pas disponibles pour toujours». En fait, ces sommes doivent être dépensées avant le 31 mars 2011.
De là à accuser le gouvernement québécois d'être responsable des retards, il n'y avait qu'un pas que le ministre fédéral du Revenu, Jean-Pierre Blackburn, n'a pas hésité à franchir : c'est la lourdeur administrative du Québec qui est en cause, selon lui. Ce que conteste évidemment le chef du gouvernement québécois lui-même. Jean Charest prétend même que le Québec est plus avancé que les autres provinces dans ses ententes avec le fédéral.
Les informations en provenance d'Ottawa indiquent que les difficultés ne sont pas liées aux seules relations fédéral-provincial. On évoque en effet une résistance de la machine bureaucratique fédérale qui a encore fraîches à l'esprit les sévères remontrances du juge Gomery sur la responsabilité des hauts fonctionnaires dans la gestion des fonds publics.
On ne peut que saluer une saine inquiétude de l'appareil bureaucratique. Le scandale des commandites a en effet démontré que les pressions politiques peuvent mener à une désolante dilapidation des fonds publics. Les sommes impliquées dans le plan de relance gouvernemental sont suffisantes pour lever une armée de profiteurs attirés par l'odeur des milliards de dollars disponibles.
Nous l'avons déjà dit, une saine retenue et une gestion serrée sont de mise dans les circonstances.
Mais si le démarrage des projets d'infrastructures doit passer par le dédale où se perd depuis deux élections le projet du nouveau PEPS, il faudra cesser d'associer ce programme à un plan de relance. Il risque au mieux de se matérialiser en fin de récession, pour accompagner la reprise économique. Au pire, le 1,8 milliard $ mis sur la table pour remettre à niveau les infrastructures municipales désuètes retournera dans le fonds consolidé des gouvernements.
L'heure n'est pas aux bras de fer entre capitales. Il existe certainement une position confortable pour l'appareil administratif entre le bar ouvert et une procédure rapide (fast track) raisonnable. Il est plus que temps de s'y mettre sérieusement.












