C'est ce qui s'est produit à la Chambre des communes la semaine dernière quand le chef libéral Michael Ignatieff a réclamé la tête du ministre des Finances, Jim Flaherty, coupable de mauvaises prévisions budgétaires et de déficit historique, semble-t-il.
M. Ignatieff a-t-il pensé une fraction de seconde que le premier ministre Stephen Harper allait acquiescer à sa supplique et demander à M. Flaherty de quitter son poste? Bien sûr que non!
Le chef du Parti libéral du Canada cherchait l'effet de toge. Rien d'autre. C'était un gentil moment de politique spectacle. Rien de plus.
La preuve : quelques jours plus tard, il n'en reste rien.
Pourquoi le ministre Flaherty devait-il ou devrait-il démissionner, de toute façon? Parce que le déficit budgétaire pour l'année en cours ne sera pas de 34 milliards $, comme il l'avait prévu, mais de plus de 50 milliards $?
Les partis d'opposition font preuve d'incohérence. Ils dénoncent l'ampleur du déficit et exigent en même temps qu'Ottawa dépense davantage.
Il faut continuer à reprocher aux conservateurs leur décision de baisser de deux points la TPS. Ce choix idéologique prive le gouvernement canadien de plus de 12 milliards $ de revenus par année.
Mais ne perdons pas de vue ceci : près de 80 % du déficit appréhendé de 50 milliards $ est directement attribuable à la crise. Il est dû à une baisse de revenus en provenance des particuliers et des corporations - laquelle découle de la hausse du nombre de chômeurs et de la chute des profits des entreprises. Il est dû à l'augmentation des dépenses gouvernementales - laquelle s'explique, elle, par l'aide apportée à certains secteurs et par le plan de stimulation économique (dont les fameux travaux d'infrastructures qui tardent à se matérialiser).
Un déficit de 50 milliards $ est préoccupant, mais pas alarmant. Toutes proportions gardées, il demeurera beaucoup moins élevé au Canada qu'aux États-Unis et dans les pays européens.
Que peut alors sérieusement reprocher Michael Ignatieff à Jim Flaherty dans cette affaire? Que les prévisions de janvier ne tiennent plus? Que le déficit appréhendé ait bondi de 34 à 50 milliards $ en si peu de temps?
C'est le propre d'une crise de déjouer toutes les prévisions, et de celle-ci en particulier. C'est vrai au Canada comme ailleurs. Dans les pays européens, les baisses du PIB pronostiquées il y a quelques semaines sont toutes plus fortes que prévu.
Rappelons en passant qu'en période de croissance, les gouvernements libéraux sous-estimaient grandement leurs surplus budgétaires... C'en était même indécent.
Non, le chef libéral ne peut pas reprocher au gouvernement conservateur de s'être trompé de cible.
En fait, lui-même se trompe de moment pour exiger la tête du grand argentier canadien. C'est en novembre qu'il devait le faire, lorsque les conservateurs ont présenté un énoncé budgétaire totalement insignifiant et irresponsable.
Or, à ce que l'on sache, c'est Michael Ignatieff lui-même qui a refusé d'en tirer les conséquences à ce moment-là.
Il voyait d'un mauvais oeil la coalition PLC-Bloc-NPD mise sur pied pour remplacer le gouvernement Harper, lequel avait été réellement médiocre avant Noël.
Ce que les députés libéraux et leurs «stratèges» souhaitent le plus lorsqu'ils mijotent les périodes de questions, c'est que les apparences soient de leur côté. Le problème est qu'ils se contentent trop souvent des apparences, justement.
M. Ignatieff marque peut-être de petits points tactiques ces temps-ci, mais pas de gros points stratégiques.










