Sortie de secours

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Jean-Marc Salvet
Le Soleil

(Québec) À défaut de s'engager à tenir un référendum sur la souveraineté, le Parti québécois de Pauline Marois entend proposer une «gouvernance souverainiste» aux Québécois. Astuce ou stratégie?

Lorsque la chef du PQ avait commencé à parler de ce plan l'an dernier, nous l'avions qualifié d'«astuce». Il faut dire que Mme Marois parlait à ce moment-là de «gestes de gouvernance nationale» ou de «gestes d'affirmation».

Elle entretenait le flou quant à ses intentions.

C'est presque en chuchotant qu'elle soulignait que son véritable objectif était de voir le Québec s'affirmer pour mieux parvenir à la souveraineté.

Si le projet qu'elle présentera le 13 juin à la Conférence des présidents du PQ s'intitule cette fois «gouvernance souverainiste», on aura au moins gagné en franchise ces derniers mois.

Si le PQ finit bel et bien par parler de gouvernance «souverainiste», il sera alors passé du non-dit à l'explicite, de l'astuce des prestidigitateurs à la stratégie politique. Ses intentions seront plus clairement énoncées.

C'est important, car la franchise constitue le minimum que tous les Québécois, fédéralistes comme souverainistes, sont en droit d'exiger d'un parti politique.

Cette stratégie paraîtra certainement séduisante aux yeux des souverainistes pragmatiques. N'empêche qu'elle comporte son lot d'incertitudes.

De nombreux Québécois verront en effet d'un bon oeil qu'un éventuel gouvernement péquiste revendique d'être l'unique responsable d'une série de compétences que le Québec partage actuellement avec Ottawa. Tant en matière de collecte d'impôts que de culture, de communications, d'immigration et autres.

Les débats qui s'ensuivront permettront cependant de réaliser que plusieurs de ces rapatriements de prérogatives ne changeraient pas grand-chose. Québec renverrait au gouvernement fédéral la part de l'impôt qui lui reviendrait, par exemple.

Mais ce qu'il faut surtout dire, c'est que les référendums sectoriels qu'organiserait un gouvernement péquiste pour forcer la main d'Ottawa multiplieraient les querelles politiques. Et que de nombreux Québécois pourraient déchanter devant cette perspective.

Voilà pourquoi personne ne peut prédire l'impact de cette stratégie consistant à arracher la souveraineté par morceaux.

Ce que l'on doit remarquer, par contre, c'est qu'elle puise à la même logique que celle suggérée en février 2000 par Jean-François Lisée, l'ex-conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard. Il l'avait proposée dans un ouvrage dont le titre était... Sortie de secours.

Neuf ans plus tard, c'est encore et toujours une sortie de secours que cherche le PQ.

 

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