Ceux-ci s'estiment, à juste titre, lésés par une économie souterraine qui les prive de millions de dollars de revenus. Au point où plusieurs d'entre eux sont acculés à la faillite. Un dépanneur ferme chaque jour, et «ça s'accélère», prétend l'Association québécoise des dépanneurs en alimentation (AQDA).
Leur solution : réduire de moitié la taxe de 20,60 $ par cartouche que le gouvernement du Québec perçoit depuis décembre 2003. Ceux-ci sont persuadés qu'une réduction de 50 % tuerait le marché de la contrebande, sans pour autant favoriser l'augmentation de la consommation.
De grâce, ne soyons pas naïfs. Évidemment une réduction de la taxe sur le tabac ramènerait une partie des fumeurs vers des produits légaux. Un geste en ce sens dans les années 90 (là aussi pour contrer la contrebande) a effectivement eu un effet positif pour les vendeurs «légitimes» de tabac.
Mais il y a toutefois un contrecoup à cela, et c'est une augmentation du nombre de fumeurs avec ses effets sur la santé. Pis encore, cette hausse du nombre de fumeurs menace de toucher encore plus un marché particulièrement ciblé par les cigarettiers, celui des jeunes, qui est plus sensible au prix de la cigarette.
C'est la même association des proprios de dépanneurs (l'AQDA) qui révélait, en septembre dernier, les grandes lignes d'une étude démontrant justement que le marché de la contrebande avait envahi nos écoles. En effectuant un tri des mégots accumulés autour des établissements scolaires, l'étude relevait que 36 % (en moyenne au Québec) provenaient de la contrebande. L'AQDA soulignait même que des jeunes étaient embrigadés dans le réseau de contrebande.
Ce que ne relevait pas l'AQDA cependant, c'est que la grande majorité des mégots ne provenaient pas de la contrebande. Et pourtant la vente de cigarettes aux mineurs est interdite.
Abaisser le prix des cigarettes en coupant dans les taxes ne ferait que déplacer l'origine du problème et probablement l'accentuer. La meilleure façon d'arrêter de fumer, c'est de ne pas commencer. À cet égard, des prix élevés ont certainement une influence sur les plus jeunes.
Il faut bien sûr accentuer la lutte contre le tabac de contrebande. Il serait illusoire de croire qu'on parviendra à l'endiguer complètement. Les opérations policières contre ces réseaux ne parviendront jamais à tarir toutes les sources, mais elles restent la meilleure façon de lutter contre le banditisme.
La lutte contre le tabagisme est un choix de société. On ne doit pas le remettre en question chaque fois qu'il indispose quelqu'un. À plus forte raison des marchands... de tabac.

















