Sa position a un mérite. Elle pose clairement que le Québec ne veut pas «écoper des déchets du reste du pays». Mais cette thèse est minée par deux faiblesses notables.
La centrale bien québécoise de Gentilly-2 produit en effet 3,87 % des déchets nucléaires canadiens. M. Béchard soutient que les méthodes de stockage sur place d'Hydro-Québec sont sécuritaires... en attendant un site permanent d'entreposage ailleurs au Canada.
La seconde, et non la moindre : Québec laisse des entreprises minières prospecter son territoire à la recherche d'uranium. Et ce, dans la région de la Côte-Nord, à proximité de l'endroit où l'on parle justement de stocker les résidus nucléaires du pays! Bref, des bateaux chargés d'uranium quitteraient le Québec, mais pas question de laisser d'autres navires ramener les résidus qui découlent de leur utilisation.
Voilà un exemple du «pas dans ma cour» bien difficile à défendre. On ne veut pas des résidus d'un minerai que l'on s'apprête à produire, à utiliser et à vendre...
Les risques associés à l'industrie du nucléaire font frémir. L'Assemblée nationale a adopté une motion unanime, l'an dernier, contre tout projet d'enfouissement de déchets irradiés provenant de l'extérieur du Québec. Au mieux, la province s'engage à gérer ses propres déchets nucléaires de façon responsable. Sans plus.
Notre journaliste Éric Moreault révélait récemment que les activités d'exploration sur la Côte-Nord, à proximité de Sept-Îles, ont soulevé l'inquiétude parmi la population, les élus, les Innus, les écologistes et les professionnels de la santé de la région. Au point de demander à Québec un moratoire sur l'exploration et l'exploitation de l'uranium dont on craint les effets sur la santé et l'environnement.
On voit mal comment Québec pourrait plaider le «pas dans ma cour» pour les déchets nucléaires et laisser les minières développer le minerai qui en est à la source.
Si les études géologiques démontraient que c'est au Québec que le bouclier canadien peut le mieux convenir à cet entreposage permanent, le ministre Béchard aurait peut-être intérêt à réfléchir à la question avant de dire non à tout projet de stockage de ces déchets.
Bien sûr, accueillir les déchets nucléaires du reste du pays est une position difficile à tenir politiquement, mais à moins de sortir le Québec du nucléaire, il faudra bien l'envisager un jour. D'autant plus que le ministre reconnaît qu'Ottawa peut procéder sans son accord en matière d'énergie nucléaire.











