L'entêtement de Lessard

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Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) Être capable de reconnaître ses torts. Voilà une chose que semble incapable de faire le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Laurent Lessard. Certes, son ministère n'a pas à indemniser les fabricants et les détaillants lors de rappels de produits. Mais, si son équipe condamne injustement des entreprises sur la place publique, comme elle l'a fait l'an dernier pour deux fromagers, le ministre doit verser un dédommagement.

Le ministre Lessard ne pouvait souhaiter meilleur rapport d'enquête que celui que la protectrice du citoyen a produit sur la gestion de la crise de la listériose associée aux fromages québécois. Blâmé de toutes parts pour la destruction massive de fromages en septembre 2008, le ministre est réhabilité par la protectrice qui conclut que son ministère était justifié d'éliminer des milliers de kilos chez plus de 300 détaillants.

Il fallait freiner la contamination et protéger la santé des citoyens.

Ce constat positif semble avoir fait oublier à M. Lessard que la protectrice l'invitait aussi à poser des actions concrètes pour deux entreprises traitées inéquitablement lors de la crise. Raymonde Saint-Germain recommande en effet de compenser, à partir d'une évaluation indépendante, la Société coopérative agricole de l'Isle-aux-Grues et la Fromagerie Blackburn, du Saguenay. Elle estime que ces deux entreprises ont fait l'objet de rappels réalisés sur la base d'une enquête partielle et de données incomplètes. Certains de leurs produits ont même été reliés à tort à l'éclosion de listériose.

Sous prétexte de ne pas créer de précédent et que le rappel des produits de ces deux entreprises a été réalisé en août et non lors du fameux samedi de septembre, le ministre refuse de sortir son chéquier. La protectrice ne demande pourtant pas de dédommager tout le monde. Elle ne cible que deux usines.

M. Lessard évoque la responsabilisation des fabricants et des détaillants pour justifier son refus. Certes, il est de leur responsabilité de livrer et de vendre des aliments sains. Il est cependant de la responsabilité du ministère de s'assurer que ses enquêtes et ses analyses sont complètes et justes avant de montrer du doigt un producteur fautif. Selon la Protectrice, la démarche du MAPAQ n'était pas sans faille dans le cas des fromageries Blackburn et de l'Isle-aux-Grues.

Les sommes en cause ne sont pas astronomiques. Moins de 250 000 $. C'est peu pour le MAPAQ mais beaucoup pour deux fromagers qui veulent survivre. C'est aussi une bien petite somme pour mettre fin à des mois de crise, regagner la confiance de l'industrie fromagère et lui donner un nouvel élan.

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