Ignatieff, le raisonnable

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Jean-Marc Salvet
Le Soleil

(Québec) Le chef libéral Michael Ignatieff n'exige rien. Il met même de côté sa propre réforme de l'assurance emploi. Il est prêt à sauver le gouvernement Harper en échange d'un geste symbolique de sa part.

Il ne demande ni politique particulière, ni projet précis. Seulement des réponses à quatre petites questions. Simplement des réponses... quelles qu'elles soient.

En fait, il souhaite que le premier ministre l'aide à l'appuyer vendredi à la Chambre des communes, qu'il lui permette de le soutenir - sans perdre la face, s'entend.

Oui, Michael Ignatieff est «raisonnable», comme il le dit en parlant de lui-même.

Nous ne lui reprocherons pas. Il aurait agi de façon irresponsable s'il avait collé un fusil électoral sur la tempe du premier ministre canadien. Voilà ce qu'on pouvait dire hier matin après la présentation des conditions adressées par M. Ignatieff à Stephen Harper.

On pouvait déjà ajouter qu'il faudrait que M. Harper soit buté pour refuser de répondre à d'aussi petites questions. On pouvait espérer qu'il ne se cabre pas par orgueil ou par calcul.

Le premier ministre a malheureusement semblé faire preuve d'une déplorable intransigeance en fin d'après-midi.

Certes, il a précisé vouloir inclure les travailleurs autonomes dans le régime de l'assurance emploi.

Mais ce chef de gouvernement minoritaire a surtout joué à celui qui ne s'abaisserait pas à en dire davantage au chef de l'opposition officielle.

Il a fait comme si son devoir était de refuser de fournir des réponses significatives à la question portant sur l'assurance emploi ainsi qu'aux trois autres, lesquelles sont pourtant tout à fait légitimes.

Il serait effectivement pertinent de connaître avant la prorogation du Parlement ce qu'entend faire Ottawa pour remédier à la pénurie d'isotopes médicaux. Oui, il faut une indication qui permette de savoir où l'on va. Il serait par ailleurs normal de savoir quelle somme a été réellement dépensée en infrastructures.

La seule question dont l'intérêt est moindre concerne le plan de retour à l'équilibre budgétaire. À ce stade-ci, aucun plan n'apparaîtra crédible à qui que ce soit.

Ce qu'il faut surtout dénoncer aujourd'hui, ce n'est pas la naïveté de Michael Ignatieff, c'est la possible intransigeance de Stephen Harper.

Le chef du gouvernement ne peut pas considérer qu'il a dit tout ce qu'il pouvait dire.

Si ce devait être le cas, il porterait une grande part de responsabilité dans le déclenchement d'élections générales en juillet.

 

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