Homme de conviction et de parti, le chef du Renouveau municipal de Québec (RMQ) était néanmoins prêt à livrer bataille, si cela permettait au moins de débattre de l'avenir de la ville de Québec dans une perspective autre que celle de l'entrepreneur Labeaume.
Or, non seulement allait-il à l'évidence perdre la course, mais il était en plus conscient que son coriace adversaire n'allait pas lui faire de cadeaux pendant la campagne et qu'il sortirait écorché du périlleux exercice.
Dans ce contexte teinté d'abnégation, il y avait donc de la noblesse dans sa présence sur les rangs.
En même temps, le chef sortant du Renouveau municipal de Québec (RMQ) n'était pas du genre à se complaire dans le rôle de l'agneau sacrificiel. Articulé, très sûr de lui et à l'aise avec les médias, cet avocat de formation était en mesure de mener une lutte électorale sérieuse et utile pour les citoyens de Québec.
Ses prises de position n'ont d'ailleurs jamais eu de caractère frivole et ses interventions ont souvent touché la cible par leur pertinence. M. Loubier avait en prime le chic pour trouver la formule qui faisait bondir son opposant, l'exposant ainsi au risque que son fougueux tempérament l'entraîne à l'écart de la bienséance politique.
Régis Labeaume n'a lui-même jamais considéré Alain Loubier comme une quantité négligeable, lui vouant manifestement plus de respect qu'à tous ceux avec lesquels il s'était colletaillé jusqu'ici. Ça n'en faisait pas un ami pour autant...
S'il faut regretter le désistement du chef du RMQ pour son effet négatif sur la qualité de la vie démocratique municipale à Québec - l'opposition au conseil se retrouve sans aucune tête d'affiche digne de ce nom - il faut en même temps plaindre Alain Loubier du sort très cruel que lui a réservé sa propre formation.
Relever le défi de se présenter contre le politicien le plus populaire au Québec par devoir envers son équipe et avouer ensuite qu'il ne pouvait continuer parce qu'il craignait les coups dans le dos, il y a de quoi accrocher un rictus de jouissance au visage des plus cyniques.
Alain Loubier aura dirigé le RMQ moins d'un an, mais cette direction se résume plus ou moins à une suite de crises successives. La refonte de la carte électorale municipale qui réduisait le nombre de conseillers, tout en suscitant des luttes internes, et la menace que faisait planer sur chaque membre de l'opposition le succès du maire Labeaume ont essentiellement eu raison de lui.
Il faut le dire, le Renouveau municipal a mal vieilli. Les idéaux du début ont depuis un moment cédé le pas chez plusieurs à un pragmatisme tout ce qu'il y a de politicien et d'électoraliste. Dans son point de presse, M. Loubier avouait d'ailleurs candidement qu'à son avis, la série des défections dans son parti n'était pas encore terminée.
Bien sûr, il est clair que Régis Labeaume a amplement mérité de retourner dans son bureau de l'hôtel de ville pour un vrai mandat de quatre ans, mais il faut convenir avec M. Loubier que les Québécois auraient peut-être intérêt à l'aider à réfléchir à deux fois avant de lancer certaines initiatives. À cet égard, une opposition digne de ce nom ne serait certes pas inutile. Mais encore faudrait-il que ses représentants soient à la hauteur de la difficile tâche de tenir tête à un maire audacieux et adulé qui n'apprécie pas que quiconque lui mette des bâtons dans les roues.
















