Au-delà de l'économie

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Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) Le premier ministre Charest peut bien se targuer de l'économie québécoise qui performe mieux que partout ailleurs. On ne peut en dire autant de son gouvernement. Fidèle à lui-même, le chef libéral refuse de voir les problèmes et les faiblesses de son équipe. L'attitude démagogique qu'il adopte pour traiter du retour à l'équilibre budgétaire montre bien qu'il n'a pas l'intention d'abandonner ses lunettes roses.

Certes, il faut s'en réjouir, l'économie du Québec se porte relativement bien comparativement à celle d'autres provinces ou pays. Or, l'état de l'économie ne constitue pas le seul critère pour juger de la performance d'un gouvernement. En élargissant la grille d'analyse, le bilan des libéraux est beaucoup moins reluisant que celui dressé par leur chef.

Ils n'ont rien amorcé cette session qui annonce des progrès marquants pour le Québec et ses citoyens. Le ralentissement économique ne peut servir de prétexte. Dans les secteurs névralgiques de l'éducation et de la santé qui drainent la plus grande part du budget de l'État, c'est le train-train. Michelle Courchesne repousse ses plans à plus tard, et Yves Bolduc semble débordé au quotidien par sa tâche.

Le bruit des «pépines» et des coups de marteau ne fait pas oublier que les libéraux n'ont pas donné l'heure juste lors de la dernière campagne électorale. Le ciel s'est beaucoup obscurci depuis le 8 décembre. Le dérapage dans la gestion des risques à la Caisse de dépôt aura des effets importants pour les régimes de retraite et d'assurances. Le budget du Québec est à nouveau déficitaire et Monique Jérôme-Forget, qui devait être la caution économique du gouvernement, est parti quatre mois après sa

réélection.

Le gouvernement Charest ne pèche pas par excès de franchise. L'éthique est aussi pour lui une notion bien élastique. Philippe Couillard s'est négocié un emploi tout en occupant ses fonctions de ministre de la Santé. Ce n'est pas grave, selon le premier ministre. Comme il ne l'est pas que des entreprises appartenant à ses ministres fassent des affaires avec le gouvernement. Dans un tel esprit, il ne faut pas s'étonner de voir des personnes en conflit d'intérêts au sein des Fonds d'investissement économique régionaux (FIER) et un ministre Raymond Bachand tenté de les défendre.

Le passé est garant de l'avenir. L'arrivée de nouveaux visages, à la suite des élections partielles de lundi, et le remaniement ministériel qui tout probablement suivra, n'annoncent pas de grands chambardements. Des ministres changeront de portefeuille, de nouveaux députés siégeront peut-être au Conseil, mais la stratégie du gouvernement risque de demeurer la même. C'est-à-dire, ne pas trop bouger, ne pas faire de vagues. C'est ainsi que les libéraux assurent leur appui populaire.

Pourtant, on s'attend à plus d'un gouvernement élu depuis six mois. Surtout d'un parti qui avait beaucoup promis en 2003. C'est au début d'un mandat, surtout si c'est le troisième, qu'une équipe peut plus aisément initier des changements. Or, les libéraux semblent avoir renoncé à toute idée de moderniser le Québec et de modifier certaines façons de procéder.

Il y a pourtant des choix importants à faire. Pour limiter les effets de la récession, Québec a dû dépenser davantage. Pour ne pas traîner des déficits indéfiniment, il faut déjà envisager quoi faire pour retrouver l'équilibre et préparer le terrain pour l'après-crise. Hausse ou introduction de nouveaux tarifs? Nouvelles taxes? Hausses d'impôts? Sacrifier des services pour en favoriser d'autres?

Libéraux doivent plancher pour trouver des réponses à ces questions plutôt que de démoniser François Legault qui ose les poser publiquement. Le PQ et sa chef Pauline Marois doivent aussi proposer des avenues même si l'exercice est plus difficile que de simplement critiquer.

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