Ce dernier a-t-il démontré depuis sa première assermentation au Travail en février 2005 qu'il avait le doigté et le savoir-faire pour naviguer dans le champ de mines que constitue actuellement le dossier d'une restructuration des pouvoirs à Montréal? A-t-il fait la preuve qu'il était capable de créer un minimum de consensus autour d'une question aussi délicate que la nécessité de mettre en place des normes éthiques dignes de ce nom dans un monde municipal où le conflit d'intérêts est érigé en système dans bien des villes et villages? Nous sommes nombreux à en douter. Or, ce sont les urgents défis qui l'attendent.
À la lumière de sa gestion de la plus importante crise à laquelle il ait fait face, celle de la listériose qui a ébranlé les fabricants de fromage, il est difficile de se convaincre qu'il est l'homme de la situation.
Pour sa part, la Protectrice du citoyen a conclu à la suite de son enquête que le ministre Lessard avait eu raison de procéder à un rappel massif de fromages pour protéger la santé des Québécois. Malheureusement, Raymonde Saint-Germain évaluait aussi que le ministre de l'Agriculture avait été l'artisan de son propre malheur. La Protectrice a en effet pointé des lacunes dans l'inspection des entreprises productrices, l'analyse des produits suspects et la compensation des effets financiers de la crise.
On pourrait ajouter, du point de vue des médias, que la gestion des communications dans ce dossier a également été un fiasco.
Pire peut-être, le titulaire sortant à l'Agriculture laisse derrière lui un milieu aux abois, inquiet de son avenir. Les rapports indiquant des pistes de solution ont eu beau s'empiler devant lui cette année, personne n'a eu le sentiment que le ministre Lessard s'apprêtait à passer à l'action.
En ce sens, l'entrée en scène de Claude Béchard, qui a lui fait la preuve de sa capacité de répondre à des crises complexes, est sans doute accueillie avec soulagement par la classe agricole.
Il n'est bien sûr pas acquis qu'il va sauver le système de stabilisation du revenu des agriculteurs, qui est devenu un véritable gouffre pour le gouvernement avec un déficit accumulé d'un milliard de dollars, mais au moins il faut s'attendre à de l'action.
Pour faire «avaler» au député de Kamouraska-Témiscouata son déplacement aux allures de démotion, le premier ministre a pris soin d'ajouter les dossiers des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Réforme des institutions démocratiques à ses mandats. On imagine sans peine que le fougueux ministre Béchard y mordra à belles dents. L'homme prend en plus du galon auprès de ses collègues avec sa nouvelle responsabilité de leader parlementaire adjoint.
Encore là, Claude Béchard vient à la rescousse d'un collègue plus ou moins performant, soit Jacques Dupuis, qui n'avait manifestement rien à cirer des chicanes et des manoeuvres de coulisses pour établir un rapport de forces dans les importants dossiers Québec-Canada.
Quant à la ministre Nathalie Normandeau, elle rêvait, semble-t-il, du défi des Ressources naturelles. Elle sera servie. Il y a du pain sur la planche, notamment au chapitre des négociations avec les autochtones découlant du Plan Nord.
Il faut enfin laisser sa chance à l'économiste Clément Gignac au Développement économique, même si son entrée en scène inutilement sur la défensive a été ratée.











