On songe d'abord aux milliers qui ont été spoliés. L'escroc en chemise de soie s'est fait confier quelque 13 milliards $ au fil des ans et les a engloutis dans son système pyramidal. L'argent des nouveaux déposants servait à payer de généreux intérêts aux anciens, qui, à leur tour, amenaient leurs amis, générant de nouvelles entrées, permettant de faire tourner la roue. Les premiers signes de la crise, en décembre, sont venus briser ce cercle vicieux, trop de clients demandant d'un coup de récupérer leur mise.
En calculant un rendement normal sur les dépôts pour la période d'une trentaine d'années pendant laquelle la fraude a duré, les pertes en capital et intérêts représenteraient entre 50 et 65 milliards $ pour les épargnants.
Il faut le marteler cependant, tous ces derniers ne sont pas à plaindre. Bien des investisseurs aguerris ont en effet frappé à sa porte en sachant pertinemment qu'il y avait anguille sous roche. Aucun gestionnaire de fonds ne peut systématiquement battre les meilleurs par deux ou trois pour cent de rendement, année après année. Bernard Madoff était dans une classe à part parce qu'il trichait, comme plusieurs le soupçonnaient. Mais tant qu'on empoche...
À côté d'eux, plusieurs parmi les quelque 15 000 plaignants sont toutefois devenus d'involontaires pigeons. Certains n'ont jamais su que des fonds rabatteurs redirigeaient leurs avoirs chez Madoff, alors que d'autres n'avaient tout simplement pas les connaissances pour se méfier de l'inévitable cul-de-sac qui les attendait.
Ceux-là ont raison d'avoir la rage au coeur. Le système de protection des investisseurs a lamentablement failli à la tâche. Le beau parleur à la touche magique qui entourait ses affaires de mystère a roulé les enquêteurs de la Security Exchange Commission dans la farine pendant plus de 10 ans. Plusieurs spécialistes avaient pourtant sonné l'alerte auprès de l'autorité réglementaire.
Enfin, si la justice américaine semble avoir frappé vite et fort en expédiant M. Madoff en prison pour le reste de ses jours en quelques mois, elle n'a d'une part récupéré que très peu d'argent, soit un milliard et demi de dollars. Et elle est surtout loin d'avoir levé le voile sur l'obligatoire petit réseau de complices qui maquillaient les transactions pour lui.
Bref, ici comme chez nos voisins, il n'y a d'autre choix que de rendre les mesures de contrôle beaucoup plus invasives.










