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Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) Les Québécois sont-ils des conducteurs si imprudents et délinquants qu'il faille reculer sur la permission accordée il y a quelques années de tourner à droite aux feux rouges? C'est ce que suggèrent les plus récentes statistiques du ministère des Transports, qui révèlent que le nombre d'accidents à ces carrefours a bondi de 46 % entre 2003 et 2008. Il faut cependant y regarder à deux fois avant de céder au repli. Les chiffres ne donnent pas ici une juste mesure de la réalité.

Précisons d'abord que les accidents aux feux rouges sont une donnée bien minime dans le bilan routier du Québec. Pour l'année dernière, la pire jusqu'ici, il n'y a eu que de 393 accidents reliés au virage sur feu rouge sur les quelque 145 000 accidents répertoriés. Et, dans trois cas sur quatre, il ne s'agit que de tôle froissée. En 2008, le ministère a recensé au total 93 blessés et un décès.

Évidemment, c'est trop. Mais il ne faut pas tomber dans l'angélisme non plus. Globalement, ces statistiques québécoises sont bien meilleures que celles compilées aux États-Unis, champions du virage à droite au feu rouge. D'autres pays réussissent cependant à faire mieux.

L'importante hausse du nombre d'accidents aux feux rouges chez nous ces cinq dernières années s'explique entre autres par le fait que les municipalités ont éliminé bien des cas où le virage était resté interdit. Ce sont bien sûr les carrefours où le risque de collision était le plus élevé qui sont apparus à la fin. Il est donc un peu normal que le bilan se soit détérioré.

Il reste que la feuille de route globale des conducteurs québécois est aujourd'hui beaucoup plus reluisante qu'avant. Les années 2007 et 2008 ont ainsi été les moins funestes des six dernières, avec des baisses importantes du nombre d'accidents avec morts ou blessés.

Des mesures comme le retour aux cours de conduite pour les apprentis conducteurs, l'installation de radars photo dans les secteurs à risque, la hausse des pénalités pour les cas d'ivresse au volant et de grands excès de vitesse, l'obligation de poser des pneus d'hiver et l'installation de limiteurs de vitesse sur les véhicules lourds font positivement changer les choses.

La recette miracle pour diminuer le nombre d'accidents est quant à elle toute simple. Il s'agit de contrôler les comportements délinquants au quotidien. Les gestes risqués et les inattentions sont en effet la cause directe de 80 % des accidents. Le ministère des Transports et la Société de l'assurance automobile n'ont d'autre choix que de continuer à nous rabâcher des évidences, telles que de faire un arrêt complet au feu rouge afin de constater que la voie est bel et bien libre, avant de s'engager à droite.

Nous n'avons donc qu'à nous en prendre à nous-mêmes pour ce nécessaire gaspillage de fonds publics...

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