Valable aussi pour Lacroix

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Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) Au cours des prochains jours, Vincent Lacroix quittera sa cellule pour aller dormir dans une chambre sans barreaux en maison de transition. Condamné à huit ans et demi de pénitencier, il n'aura porté l'uniforme du prisonnier qu'environ 18 mois. C'est très court. On comprend aisément la vive réaction de rancoeur exprimée par quelques-uns des 9200 floués qui ont dénoncé cette libération conditionnelle.

C'est entendu, Vincent Lacroix n'inspire pas la clémence. Au contraire. Il a été reconnu coupable d'avoir escroqué de petits épargnants, gaspillant notamment leurs économies à faire la nouba dans les restaurants chers et dans les bars de danseuses nues.

Or, plutôt que d'avouer rapidement sa faute et d'exprimer de sincères regrets devant les désastreuses conséquences du vol de l'avoir de ses clients, il a longuement multiplié les affabulations pour faire croire que sa conduite avait été irréprochable et que la victime, c'était lui.

Bref, le personnage est détestable. On cède facilement à l'envie que son châtiment soit un peu cruel, et ainsi, à la mesure des vies brisées qu'il laisse derrière lui.

Mais voilà, fort heureusement, la justice au Canada ne s'exerce pas selon que l'accusé soit ou non sympathique. Sinon, ce serait tant pis pour les têtes d'assassin qui n'auraient commis qu'un vol à l'étalage. Il y a donc des normes associées à chaque type de crimes, tout comme il y a des règles précises qui régissent les libérations conditionnelles.

Examiné sous cette loupe, Vincent Lacroix devient tout à coup un cas modèle. Il en est à sa première offense et n'a pas utilisé la violence pour perpétrer ses crimes. Il est sans risque pour la société et a eu une conduite exemplaire en prison. Aussi bien l'en sortir pour lui éviter le contact prolongé avec des criminels endurcis et espérer ainsi une réhabilitation basée entre autres sur la crainte de retourner à l'ombre. Aussi bien également le mettre au service de gens démunis et de personnes handicapées qui n'en sont pas moins capables de lui faire sentir toute la réprobation qu'ils éprouvent pour son comportement passé.

Peut-être, répliqueront certains, mais Bernard Madoff a écopé de 150 ans pour une fraude du même genre aux États-Unis. Il est assuré de mourir en prison, n'étant admissible à une libération qu'après 120 années de taule! Même s'il y a eu perte de quelque 50 milliards $ US dans son cas, Vincent Lacroix, lui, aurait certainement pu croupir derrière les barreaux au moins cinq ans pour ses 130 millions $, non?

Sur ce plan, les Québécois, en particulier, et les Canadiens en général ont depuis longtemps fait le choix d'une justice de réhabilitation plutôt que prioritairement punitive, contrairement à nos voisins.

Ici, l'erreur mérite aussi une sanction, mais celui ou celle qui a péché a rapidement une chance sérieuse de faire amende honorable pour peu que certains critères destinés à protéger le public soient respectés. Et la comparaison des taux de criminalité et de récidive justifie ce choix des Canadiens.

Il faut en conséquence être cohérent. On ne peut à la fois fustiger les conservateurs pour leur justice à la dure - par exemple référer les contrevenants violents de 14 ans et plus devant les tribunaux pour adultes - et, du même souffle, vouloir ériger une potence chaque fois qu'une tête à claques a droit à une libération conditionnelle.

En toute équité, Vincent Lacroix peut lui aussi avoir sa chance. De toute manière, il n'en a pas nécessairement fini avec la justice, puisque la cour doit décider ce qu'il adviendra des accusations criminelles portées contre lui. Il pourrait devoir retourner réfléchir à ses vieux péchés.

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