Certes, nous sommes sensibles à l'argument voulant que le nombre considérable de demandeurs d'asile embourbe le système. L'explosion des demandes nuit à la capacité du Canada d'aider les étrangers réellement victimes de persécution.
Il ne sert à rien de se voiler la face. C'est un fait.
Nous comprenons également le ministre lorsqu'il déclare que le processus d'obtention d'un visa permettra de distinguer les personnes venant au Canada pour tourisme ou pour affaires des autres; de celles cherchant à passer par le système d'octroi d'asile pour éviter d'être mises en attente dans le système d'immigration.
C'est en effet injuste pour celles qui jouent le jeu.
Mais pour que ces arguments soient aussi fondés et légitimes qu'ils le paraissent à première vue, encore faudrait-il que le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration puisse répondre avec sérieux et honnêteté à trois séries de questions.
La première est celle-ci : pourquoi Ottawa agit-il maintenant, en plein milieu de juillet?
Le problème - faut-il le rappeler? - ne vient pas d'apparaître soudainement. Il est né il y a trois ans. Les demandes d'obtention du statut de réfugié de la part de Mexicains débarquant dans les aéroports canadiens ont triplé depuis 2005.
Pourquoi alors ne pas avoir annoncé et appliqué cette mesure en septembre ou en octobre? Ou pourquoi, mieux encore, ne pas l'avoir annoncée et imposée au printemps?
Cela aurait évité que des dizaines de milliers de touristes mexicains ayant déjà organisé leurs vacances chez nous - ayant déjà payé leurs billets d'avion et réservé leurs hôtels - aient à faire des pieds et des mains à la dernière minute pour obtenir un visa.
Juillet et août sont les deux mois de l'année où les Mexicains sont les plus nombreux à venir au Québec et dans le reste du Canada.
En agissant maintenant, c'est comme si Ottawa avait choisi d'en prendre un maximum au piège. C'est inamical.
C'est une vraie faute.
Deuxième série de questions - touchant celles-là les obligations du Canada envers les persécutés désireux de refaire leur vie ici. Avant de les poser, gardons en tête que c'est le nombre élevé de fausses demandes pour obtenir le statut de réfugié qui a incité Ottawa à agir dans le cas du Mexique. Or, c'est exactement l'inverse en ce qui concerne la République tchèque. Et tout le problème est là!
En effet, si près de la moitié des demandes d'asile présentées par les Roms arrivant de ce pays d'Europe centrale sont acceptées par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, n'est-ce pas que cette population vit de réelles discriminations?
Dans ce cas, qu'entend alors faire Ottawa à son ambassade de Prague pour soutenir les Roms et en aider certains à s'établir au Canada? Jason Kenney le dira-t-il ou estime-il plutôt que les Roms sont des indésirables?
Troisièmement, et plus globalement, est-ce qu'Ottawa a la volonté de remplumer la Commission de l'immigration et du statut de réfugié? Si elle est débordée, c'est également parce qu'elle manque de juges et de commissaires.
Monsieur le ministre a-t-il un plan ou préfère-t-il laisser les choses aller, quitte à imposer des visas à un nombre toujours plus important de pays (ce qui serait irresponsable)?
Ce sont ces non-dits, ces zones d'ombre, qui minent gravement l'argumentaire d'Ottawa.
Ils révèlent que sa décision, qui aurait dû être soigneusement préparée, a été prise dans l'urgence alors qu'il n'y avait pas d'urgence immédiate. Le résultat est à l'avenant.














