Crimes de déshonneur

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Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) Trois membres d'une famille afghane installée à Montréal depuis deux ans ont été accusés, cette semaine, du meurtre prémédité de quatre des leurs, dont trois jeunes filles de 19, 17 et 13 ans. On a retrouvé les corps dans une voiture engloutie au fond d'une écluse du canal Rideau. En guise d'explication, on évoque, pour l'instant, le crime d'honneur.

Cette troublante histoire a causé une forte onde de choc au Québec, particulièrement dans le contexte où l'intégration économique de cette famille semblait être un vrai succès, le père dirigeant une prospère entreprise d'import-export de la métropole.

La présomption d'innocence doit nous garder de tirer toute conclusion. Les trois personnes mises en accusation n'ont pas été jugées et ne sont donc coupables de rien, jusqu'à preuve du contraire.

Ce dossier attire cependant l'attention sur la pure aberration que constitue le crime d'honneur. Amnistie internationale le décrit comme une pratique culturelle qui permet à un homme de tuer ou d'abuser d'une femme de sa famille ou de sa partenaire, en raison d'un comportement immoral réel ou supposé.

La belle affaire : un mari, un père ou un frère peut ainsi avoir les femmes de son entourage sous son emprise. Le crime d'honneur, on l'imagine, peut devenir le prétexte de tous les abus. La société québécoise n'en est heureusement plus là.

Il faudrait toutefois éviter de se draper orgueilleusement du blanc manteau de la pureté. Le vif émoi suscité par l'assassinat des quatre Afghanes devrait en fait être ressenti ici même, chaque semaine.

Selon les dernières statistiques du ministère de la Sécurité publique, il y a eu 12 meurtres, 40 tentatives de meurtre et 37 cas de voies de fait graves dans un contexte conjugal au Québec, en 2007. Qu'il s'agisse de crises de jalousie, de contrôle maladif ou d'excès de violence, ce n'est pas plus reluisant que les crimes perpétrés sous de présumés droits découlant d'un code d'honneur familial.

Il est facile, cette semaine, de mettre tous les étrangers dans le même sac et de dénoncer leur incapacité à se mettre au diapason des règles de leur société d'accueil. Mais manifestement, bon nombre de Québécoises et de Québécois pure laine sont eux-mêmes incapables de respecter l'autonomie et l'intégrité physique de leur partenaire et de leur progéniture.

Oui, le Québec est une société enviable où l'égalité est officiellement reconnue et où une Charte des droits balise le respect auquel chacun a droit. Mais ce chemin n'a pas été parcouru en un an ou deux, et les comportements déviants sont encore nombreux. Il faut s'en souvenir avant de tomber dans les généralisations populistes sur le dos des nouveaux arrivants lorsque surviennent de terribles drames comme celui de la famille Shafia.

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