La mise en scène qu'ils avaient imaginée incluait ces arrestations. Ce dénouement était prévu, presque programmé.
Pourquoi? Parce qu'un dénouement comme celui-là donne du retentissement à une action.
Greenpeace est un enfant des communications. Les coups d'éclat font partie de son ADN.
Cette organisation a compris dès le début de sa création que les actions spectaculaires constituent le meilleur moyen d'apparaître dans les médias, de passer ses messages.
Toutes ses stratégies sont conçues en fonction des médias - des télévisions surtout. Voilà pourquoi, sur le site Internet de Greenpeace Canada, une militante participant à l'opération de Québec pouvait déjà se réjouir
tôt lundi matin : «Il est 6h. Les médias arrivent.» Il ne manquait qu'un «youpi!».
Vers 8h, un sympathisant croyait utile de faire savoir aux internautes que les activistes «passaient» à RDI. «Lâchez pas!»
Greenpeace a toujours su d'instinct que nous sommes dans une démocratie d'opinion, que c'est d'abord cette bataille qu'il faut gagner.
En mesurant ce que des publicitaires appellent «l'impact médiatique», Greenpeace considérera son action de lundi comme un succès. Elle aura fait parler de son point de vue sur la forêt.
Il ne fait aucun doute que l'avenir de la forêt boréale est préoccupant. Mais l'organisation en a trop fait. Ses demandes étaient
irrecevables.
Qui ne comprend pas ce matin que le gouvernement québécois ne pouvait pas et n'avait pas à s'engager à modifier son projet de loi sur l'occupation du territoire forestier? Ç'aurait été un déni de démocratie qu'il le fasse.
Cette revendication était si grosse qu'elle n'avait aucun sens. Les élus de l'Assemblée nationale débattront de ce projet en commission parlementaire dans quelques semaines. La balle est dans leur camp à eux.
Il y a plus important que la démocratie d'opinion. C'est la démocratie parlementaire, celle issue des urnes.
Cette revendication était si énorme, en fait, que les enchaînés n'ont jamais pu croire un seul instant qu'elle serait satisfaite. Elle ne visait qu'à justifier leur refus de quitter les lieux pour y rester le plus longtemps possible et obtenir le plus d'impact médiatique possible.
Le problème est qu'il y a toujours un risque à trop en faire, même chez une organisation qui a beaucoup fait et fait beaucoup pour éveiller les consciences. C'est celui de se faire entendre sans se faire comprendre; de ne convaincre que les convaincus.













