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Jean-Marc Salvet
Le Soleil

(Québec) Des spécialistes des questions militaires se plaignent qu'Ottawa con­trai­gne la Marine et la Garde côtière à acquérir leurs nouveaux navires en fonction de budgets préétablis plutôt que de leurs besoins. On croit rêver! Et les autres missions du gouvernement? Le budget de la Défense n'est pas le seul à devoir être pourvu, tout de même!

C'est le problème avec certains spécialistes. Leurs loupes grossissantes ne leur permettent de bien voir que leur champ d'expertise. Comme si le reste n'existait pas et que les responsables politiques n'avaient pas de douloureux arbitrages à rendre.

Il faut le dire, car ce sont des sommes considérables que le gouvernement canadien s'apprête à engager pour renouveler la flotte de la Marine canadienne et celle de la Garde côtière.

Au cours des 30 prochaines années, les contribuables canadiens paieront ainsi 40 milliards  $ pour la construction de 50 gros navires. Cela, c'est sans compter 70 navires plus petits (moins de 1000 tonnes) qui devront être mis en chantier, et dont le coût total n'a pas encore été précisément évalué.

D'ailleurs, on comprend mal pourquoi ces experts se plaignent. Les budgets alloués sont rarement respectés. Les dépassements de coûts sont légion.

Ce sont les contribuables qui devraient se plaindre.

Voilà pourquoi nous ne pouvons qu'être soulagés de savoir que le ministère de la Défense nationale et celui de Pêches et Océans, responsable de la Garde côtière, sont retournés à la planche à dessin pour certains de leurs contrats, celui des ravitailleurs, par exemple. Les soumissions reçues ont été jugées trop onéreuses.

C'est un pas dans la bonne direction, mais c'est l'approche générale qu'il faut changer. Et c'est enfin ce qu'a entrepris de faire le gouvernement canadien, qui a réuni les acteurs de l'industrie navale canadienne à Gatineau.

Plutôt que de lancer des appels d'offres projet par projet, Ottawa a décidé de travailler par grands programmes, de développer une stratégie d'acquisition à long terme.

Il faut savoir que le Canada est le seul membre de l'OTAN à ne pas bénéficier d'ententes stratégiques avec son industrie nationale.

Lorsqu'elles seront officiellement conclues, de telles ententes permettront à des chantiers comme celui de la Davie d'acquérir une expertise dans la cons­truction de navires militaires modernes et - surtout - de la conserver. Ces partenariats publics-privés d'un genre nouveau permettront d'éviter d'avoir à repartir à zéro tous les 15 ou 20 ans.

Cette nouvelle approche est la bienvenue. Tant du point de vue de la maîtrise des coûts que de la création d'emplois.

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