La veille du départ du premier contingent canadien en Afghanistan, le commandement militaire nous avait prévenus que cette mission serait dangereuse et que certains y laisseraient leur vie. Mais personne ne soupçonnait l'ampleur du danger. Christian Bobbitt n'avait plus que deux mois d'attente avant de revenir chez les siens. Nos militaires ont encore deux ans d'angoisse avant la fin de cette mission, en juillet 2011.
Le pire, c'est que nos soldats y sont soumis à un véritable scénario de roulette russe. Formées pour le combat, la plupart des victimes n'ont jamais vu leurs adversaires et ont perdu la vie dans l'explosion d'une bombe artisanale. Ceux qui reviendront le devront à la chance. Dans un tel contexte, on imagine à quel point il doit être difficile de conserver le moral.
Au départ, on croyait que l'électorat canadien se rebellerait contre cette guerre. Le gouvernement Harper craignait un ressac au Québec, où la mission afghane est le plus critiquée. Les derniers sondages indiquent que les Québécois ne sont plus seuls à s'objecter à notre présence en Afghanistan, et que les appuis sont à la baisse ailleurs au pays. Mais la hausse constante du nombre de victimes chez nos militaires ne semble pas créer de grands remous au sein de la population. C'est un peu comme si nous avions pris l'habitude, l'habitude de la mort.
Il faut dire que le discours politique ne porte pas beaucoup à la controverse. Libéraux et bloquistes ont souvent critiqué le gouvernement Harper sur le sujet, mais sans réclamer le retour des troupes. À l'exception des néo-démocrates, tous nos politiciens se sentent liés par notre engagement au sein de la coalition. Ils donnent l'impression de prendre leur mal en patience, en attendant 2011.
Nous n'avons pas l'habitude de la guerre, encore moins d'un conflit armé dans un pays aussi éloigné et aussi peu connu que l'Afghanistan. La supériorité militaire des alliés contre les talibans a donné l'impression au départ qu'il serait possible d'écraser les insurgés rapidement. L'histoire nous enseigne cependant qu'une première victoire militaire ne met pas fin à un conflit armé. L'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) est encore présente en Bosnie, 17 ans après son intervention, pour y rétablir la paix. Les Américains sont encore en Irak. Les Britanniques ont dû maintenir leur présence pendant des décennies en Irlande du Nord.
Combien de temps faudra-t-il garder des troupes en Afghanistan? La question est angoissante sur le plan humain. Combien d'autres vies devront être sacrifiées avant d'établir un semblant de démocratie et de paix dans ce pays? Et plus encore : sera-t-il possible d'y rétablir une paix véritable?
Cette guerre nous coûte cher : 805 millions $ en 2006-2007. Cette année, les coûts vont doubler pour atteindre 1,5 milliard $. Et dire que les pays occidentaux croyaient pouvoir réduire leurs dépenses militaires après la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide. On appelait ça «les dividendes de la paix»... Le rêve n'a pas duré très longtemps.
On voudrait se consoler en disant que nos sacrifices vont améliorer le sort des Afghans et celui des femmes. Mais quand on lit le simulacre de procès que des régimes comme celui de l'Iran ou du Soudan intentent à leurs critiques ou adversaires, on ne peut que s'interroger sur notre capacité de libérer les peuples de leurs tyrans par la voie des armes.













