Les images télévisées se concentreront inévitablement sur les manoeuvres militaires en cours, au profit si possible de la Défense nationale qui réclame depuis des années un équipement militaire qui se fait attendre.
Les conservateurs insistent depuis leur arrivée au pouvoir sur l'importance d'une présence armée accrue du pays dans le Grand Nord, et cette insistance a retardé une essentielle prise de conscience sur les enjeux régionaux.
Tout semble indiquer pourtant qu'à force d'entendre des commentaires critiques sur sa politique, le gouvernement ait fini par comprendre que la souveraineté du Canada sur l'Arctique n'est pas une simple question de sous-marins, de brise-glaces ou d'hélicoptères.
La nouvelle Stratégie pour le Nord publiée le mois dernier a l'avantage de reléguer certains mythes aux oubliettes, au grand déplaisir sans doute de nos généraux.
Car le document donne l'heure juste : personne ne conteste la souveraineté du Canada sur les terres et les îles, hormis le cas de l'île de Hans réclamée par le Danemark et que les deux pays ont confié à la filière diplomatique.
Le seul litige touche le fameux passage du Nord-Ouest, et là encore, souligne le texte officiel, «ces différends sont bien gérés et ne posent aucun problème de souveraineté ou de défense pour le Canada».
Quant aux incursions russes réelles ou rêvées, il n'y a pas là de quoi fouetter un chat.
Que deux avions moscovites s'approchent de nos frontières, au nord, ou deux sous-marins naviguent au large des eaux territoriales, dans l'Atlantique, cela peut évidemment énerver l'État-major et, par ricochet, le ministre de la Défense, Peter MacKay.
Quoi de mieux qu'une invasion appréhendée pour justifier des budgets supplémentaires?
Malheureusement pour eux, et peut-être heureusement pour les contribuables, les militaires manifestent depuis longtemps une propension à mal calculer leurs coûts, ou encore à étudier si longtemps leurs besoins qu'ils se retrouvent, selon l'expression classique, une guerre en retard.
Mais dans le vrai monde de l'après-guerre froide, ces incidents n'ont aucune signification profonde, sinon que la Russie cherche à rétablir une présence internationale minimale malgré son retard économique. Non, Vladimir Poutine ne prépare aucune attaque sur les banquises.
Le risque existe toujours que le terme occupation du nord passe par des hommes et des femmes en uniforme. La position fédérale, sur papier, ne tombe toutefois plus dans ce raccourci.
Les véritables occupants des lieux, Inuits et Amérindiens, doivent faire partie du jeu, et non regarder les sudistes s'emparer
du territoire et de ses richesses naturelles.
Les diamants, le pétrole et le gaz naturel abondent dans l'Arctique, alors même que l'exploration et la cartographie scientifiques des lieux en sont toujours à leurs premiers balbutiements.
Sur le plan politique, les habitants des trois territoires assument peu à peu leurs responsabilités, mais personne ne peut ignorer l'ampleur du défi à relever.
L'éloignement,entre elles, des zones peuplées, une population somme toute minime, des problèmes sociaux à n'en plus finir, des carences en éducation, une dépendance de tous les jours envers l'État, tout cela appelle à la patience comme à la constance.
M. Harper a toujours été sensibilisé au dossier du Grand Nord, mais essentiellement sous l'angle militaire. S'il pensait autrement, le message demeurait en arrière-plan.
À lui de montrer au cours des prochains jours comme des prochains mois que sa politique réelle suivra dorénavant sa nouvelle Stratégie pour le Nord.










