Pyromane et pompier

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Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) Le ministre David Whissell a remis sa démission hier comme membre du cabinet de Jean Charest. Établissons-le clairement, il pouvait difficilement y avoir une autre issue à ce cas litigieux. Malgré ses efforts pour apparaître au-dessus de tout soupçon, M. Whissell symbolisait en effet plus que tout autre l'éthique élastique de l'équipe libérale. 

Le ministre du Travail avait bel et bien remis entre les mains d'un fiduciaire ses intérêts dans l'entreprise familiale d'asphaltage ABC Rive-Nord, mais les apparences de conflit d'intérêts étaient toujours là. L'entreprise continuait de faire affaire avec l'État, avec qui elle avait même signé d'importants contrats sans appel d'offres. Le ministre s'enrichissait donc à même l'activité gouvernementale.

Aussi, bien que personne n'ait démontré qu'il y avait eu du patronage dans l'allocation de ces contrats et bien que le jurisconsulte du gouvernement ait établi que le ministre Whissell s'était mis à l'abri des conflits d'intérêts, le public, l'opposition et les observateurs de la scène politique critiquaient vivement les accommodements imaginés par Jean Charest.

Le premier ministre du Québec était d'ailleurs conscient que péquistes et adéquistes avaient identifié cette mollesse éthique comme le point faible de sa cuirasse et entendaient exploiter ce filon aussi longtemps que possible dans les prochaines semaines.

Devant ce prévisible scénario de harcèlement parlementaire, il a préféré sacrifier David Whissell. D'autant qu'un autre dossier du même genre au cabinet était réglé, le ministre Pierre Arcand s'étant départi au cours de l'été de ses parts dans une autre firme susceptible de transiger avec l'État.

Bref, le chef libéral a beau avoir martelé hier qu'il était temps que le Québec ait son commissaire à l'éthique et que les élus de l'Assemblée nationale adoptent un code de conduite en bonne et due forme pour baliser les relations vie privéevie publique, il n'a déclenché devant lui que des sourires cyniques et entendus. Tous étaient pleinement conscients qu'il avait eu tout le loisir d'agir pour ce faire dans le passé.

En réalité, le chef libéral avait au contraire préféré concilier le plus possible la bosse des affaires et le talent politique de certaines recrues prometteuses. Et plutôt que de les forcer à faire le choix douloureux mais incontournable qui s'imposait pour se mettre à l'abri des tentations comme ministre et pour pouvoir montrer patte blanche, il leur avait arrondi les coins.

Il est pourtant évident que si on veut devenir ministre, il faut renoncer aux transactions d'affaires avec l'État.

Jean Charest a donc lui-même mis le feu qu'il s'est finalement vu forcer d'éteindre hier avant de s'y brûler sérieusement...

 

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