Selon 81 % des médecins interrogés lors d'un sondage de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, l'euthanasie est une réalité au Québec. Selon 52 % d'entre eux, elle est pratiquée souvent et parfois, alors que 29 % estiment qu'elle l'est rarement. Comment, quand, selon quels critères et quel est le profil des malades dont la mort a été accélérée? Nul ne le sait vraiment. Pas plus que si la décision de précipiter le décès était celle du patient et non celle de la famille épuisée ou du médecin qui avait besoin d'un lit pour un autre malade.
Cela devrait inquiéter nos élus, mais aussi les malades et les bien-portants. L'absence d'un débat large et éclairé sur l'euthanasie et sur le suicide assisté, ainsi que le manque de règles qui en découle, constituent un contexte favorable aux abus et aux dérapages. Ce n'est pas de permettre l'euthanasie qui est le plus dangereux. Mais bien de l'autoriser non officiellement sans balises, au gré de la conscience, de l'éthique et des intérêts de chaque individu, de chaque famille, de chaque médecin.
Certes, la question de la fin de la vie est délicate et difficile à trancher. Tant sur le plan moral, religieux, éthique, juridique que médical. Refuser d'y répondre n'est cependant pas une solution.
De plus en plus de gens, dans la population et chez les professionnels de la santé, semblent à l'étroit dans le cadre juridique actuel. En août, un sondage révélait que plus de trois Québécois sur quatre sont d'accord pour que l'euthanasie soit légalisée. Les fédérations des médecins spécialistes et des omnipraticiens ont jugé bon de sonder leurs membres sur le sujet. Le Collège des médecins doit pour sa part décider cette semaine s'il inclut l'euthanasie dans les soins appropriés de fin de vie dans certains cas particuliers, comme lui recommande son groupe de travail en éthique clinique.
Les parlementaires ne peuvent pas rester en retrait alors que des citoyens réclament un contrôle sur le moment de leur mort et que des médecins sont invités à changer leurs pratiques pour répondre à cette demande.
Comme en d'autres domaines, ils doivent faire le point sur la législation actuelle, voir si elle a bien suivi l'évolution des avancées médicales et des valeurs dans la société, et apporter des ajustements si nécessaire. Voilà ce qui serait responsable et rassurant.














