M. Ignatieff répète depuis des semaines que les Canadiens méritent mieux. Le problème est qu'il est difficile pour la population de saisir ce que le chef libéral considère comme «mieux», tant il soutient une chose et son contraire en peu de temps.
Petit rappel chronologique.
Au début de septembre, M. Ignatieff passait à l'attaque. Pas question de faire un Stéphane Dion de lui-même. Le nouveau chef ne voulait plus soutenir un gouvernement incompétent. Après quatre ans de dérapage, de déni, de division et de discorde, le temps de Stephen Harper était terminé, martelait-il afin de stimuler ses troupes pour une campagne électorale à l'automne. Que dit M. Ignatieff cette semaine? «Nous ne sommes pas pressés de faire tomber ce gouvernement.»
Erreur stratégique du débutant, mauvaise évaluation de l'humeur de l'électorat, réajustement salutaire du gouvernement conservateur? Le fait est que Michael Ignatieff perd en crédibilité.
La population canadienne ne se plaindra pas d'avoir échappé à une campagne électorale. En prévision d'un prochain rendez-vous aux urnes, elle aimerait bien savoir cependant où logent les libéraux. Hélas, M. Ignatieff n'est guère plus précis que sur la nécessité de défaire ou non le gouvernement conservateur.
Le 21 septembre, lors du dévoilement du programme économique de son parti, M. Ignatieff a promis qu'il n'augmenterait pas les taxes pour éliminer le déficit de plus de 50 milliards $. Dix-sept jours plus tard, le chef libéral ouvrait la porte à des hausses de taxes et d'impôt. Quelle option représente le mieux les orientations des libéraux?
Un flou entoure également la création d'une commission unique des valeurs mobilières au pays. Les libéraux se sont toujours montrés favorables à la création d'une telle structure désirée ardemment par l'Ontario, mais à laquelle s'oppose le Québec. M. Ignatieff n'a pas voulu se positionner, préférant que la question soit référée à la Cour suprême.
Le chef se dit prêt à prendre le risque politique de parler des véritables enjeux, de tenir une «conversation entre adultes» avec les Canadiens. Le moins que l'on puisse dire est que l'échange est bien mal engagé et qu'il manque de sincérité. Les positions des conservateurs peuvent déplaire, mais elles ont néanmoins le mérite d'être claires.
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