Beau dilemme

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Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) Le gouvernement conservateur entend ne pas se laisser damer le pion par aucun autre parti lorsqu'il s'agit d'assurer la sécurité des Canadiens. Hier, c'était au tour du ministre de la Sécurité publique, Peter Van Loan, d'ajouter sa contribution à cet engagement. Il a déposé un projet de loi visant à éliminer toute possibilité de semi-liberté pour les détenus au sixième de leur peine, tout en resserrant les possibilités d'une libération conditionnelle au tiers de celle-ci.

En ce faisant, il s'inscrit en partie dans un assez large consensus. On estime en effet que le caractère punitif et dissuasif d'une peine de prison est passablement émoussé si le délinquant peut déjà vivre à l'extérieur des murs du pénitencier après avoir servi seulement le sixième de sa peine. Les réactions entendues à la suite du passage de Vincent Lacroix à la maison de transition après seulement 18 mois de prison sont éloquentes quant à la perception critique de ce régime par bien des Québécois.

Ce que plusieurs oublient cependant dans leur évaluation de ces cas, c'est que cette possibilité de sortir au sixième de la peine n'est disponible que pour les détenus qui ont commis des crimes sans violence et qui reçoivent une peine de prison pour la première fois. La justice vise dans leur cas bien davantage la réhabilitation que la répression.

Mais, si tout le monde convient qu'il faut laisser ces premiers contrevenants réfléchir plus longtemps sur leur faute entre les quatre murs d'une cellule, pas de problème... Dans la mesure où tout le monde accepte du même souffle et de bonne grâce de voir une portion plus importante de leurs impôts détournée vers la construction, l'agrandissement et l'entretien des établissements pénitentiaires, de même que vers la surveillance, la subsistance et la réhabilitation des détenus.

Selon le ministre Van Loan, il faut compter une facture annuelle additionnelle d'environ 60 millions $ si son projet de loi déposé hier à la Chambre des communes est adopté.

Or, cela s'ajoutera au coût d'une autre mesure conservatrice qui vient tout juste de recevoir la sanction royale. Avec la nouvelle loi C-25, le temps passé en cellule dans l'attente d'un procès ne comptera plus en double. Le crédit de détention préventive a été ramené à un ratio de un pour un.

Encore là donc, les coupables séjourneront dorénavant plus longtemps à l'ombre.

Peut-on soupçonner que les personnes qui crient le plus fort pour une justice beaucoup plus sévère sont les mêmes qui crient tout aussi fort pour payer moins d'impôts? Beau dilemme. Peut-être faudrait-il sagement se poser la question : sommes-nous en train de régler à grands frais un problème qui n'en était pas un?

 

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