Shakespeare à Laval

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Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) L'Université Laval veut offrir davantage de cours en anglais et en espagnol, en classe et à distance. Glissement dangereux pour la plus vieille université francophone en Amérique du Nord? Nous y voyons plutôt un souci d'offrir une formation variée et complète aux étudiants d'ici et d'ailleurs.

Lorsqu'une université francophone manifeste l'intention de donner des cours d'administration ou de génie en anglais, certains concluent qu'elle s'anglicise et qu'elle fragilise l'enseignement en français. Tous les cours, sans exception, devraient être dispensés dans la langue de Molière, selon eux.

Suivre cette logique, c'est prendre le risque que des étudiants francophones ou étrangers s'inscrivent à McGill ou à Concordia plutôt qu'à l'Université Laval ou à l'Université de Montréal. Il est pourtant possible de faire autrement sans mettre en péril l'enseignement en français dans nos établissements d'enseignement supérieur.

Proposer quelques cours en anglais ou en espagnol parmi une foule de cours en français n'est pas une catastrophe. Au con­traire, cette diversification bonifie la formation. La maîtrise d'une deuxième, voire d'une troisième langue est un atout indéniable qu'importe la discipline professionnelle choisie. Il est heureux qu'un étudiant puisse trouver sur un même campus et dans une même faculté les outils nécessaires pour adhérer au marché du travail et s'ouvrir davantage sur le monde.

Les dirigeants des universités doivent bien sûr être vigilants. Le besoin de remplir les salles de cours ou d'attirer les étudiants étrangers ne doit pas leur faire perdre de vue que le français doit être protégé et valorisé au Québec et au-delà de nos frontières. Ils doivent bien baliser ces cours, en plus de veiller à ne pas pénaliser les enseignants et les étudiants qui n'optent pas pour ce cheminement. C'est possible de le faire sans perdre son âme.

Dans nos écoles primaires et secondaires, l'enseignement des langues est de plus en plus prisé. Des programmes particuliers, et même des écoles privées, ont vu le jour, car des parents souhaitent que leurs jeunes apprennent, en plus du français, d'autres langues. Ces acquis doivent être utilisés et enrichis dans le reste du cheminement scolaire et personnel.

La protection du français n'est pas l'unique mission des universités francophones. Elles ont aussi la responsabilité de préparer les individus et les professionnels aux besoins d'aujourd'hui et de demain. Mondialisation oblige, les entreprises réclament du personnel bilingue, voire trilingue. Une maîtrise du champ disciplinaire ne suffit plus. Si elles refusaient de voir cette réalité, les universités francophones ne rendraient pas service ni à leurs étudiants, ni au Québec.

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