Taillon le pyromane

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Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) Gilles Taillon n'a pas l'étoffe d'un chef et il l'a démontré mardi de façon éloquente en mettant en doute le financement de l'Action démocratique du Québec (ADQ) le jour même où il annonce son départ et demande une nouvelle course à la direction. Devant son parti en lambeaux, il a été incapable de s'éclipser élégamment. Centré sur son ego plutôt que sur les intérêts des députés adéquistes et de leurs électeurs, il a préféré fournir des outils pour rayer complètement l'ADQ du paysage québécois.

Entendons-nous bien. Il est du devoir d'un chef d'informer ses députés et les autorités policières si des gestes illégaux dans le fonctionnement de son parti sont portés à son attention. Vaut mieux jouer franc-jeu que de fermer les yeux si les règles sont faussées ou contournées.

La façon de procéder et le moment choisi par M. Taillon ressemblent cependant trop à un règlement de comptes et à une tactique pour nuire à son successeur pour y voir uniquement le devoir d'un chef consciencieux et responsable.

Fidèle à un modèle cher à l'ADQ, Gilles Taillon a choisi de livrer une formule choc lors d'un point de presse télédiffusé, tout en refusant de mettre un peu de chair autour de l'os. Quel courage! Il remet en question le financement de sa formation politique en 2003, il estime ce qu'il a vu dans les livres assez troublant pour songer en aviser la Sûreté du Québec, mais il évite de donner des explications.

Qui plus est, les quatre députés adéquistes disent avoir été informés dans la matinée de mardi des découvertes de leur chef. C'est à se demander si M. Taillon aurait été troublé par le financement de son parti si les deux députés Éric Caire et Marc Picard n'avaient pas décidé vendredi dernier de siéger comme indépendants, et si ceux qui tiennent le fort, les François Bonnardel, Sylvie Roy, Gérard Deltell et Janvier Grondin, n'avaient pas tenu une réunion spéciale mardi matin. C'est M.?Tail­lon lui-même qui associe son départ à la nécessité de calmer les luttes intestines.

Depuis 2006, M. Taillon a été le numéro deux de l'ADQ, puis son chef depuis quelques semaines. Il n'a rien vu d'irrégulier dans le financement de l'ADQ pendant ce temps? Étonnant. L'ADQ n'est pourtant pas une grosse machine aux multiples ramifications qui fait que des informations cruciales échappent au chef ou à la personne qui gravite près de lui.

Éric Caire a raison lorsqu'il dit que Gilles Taillon cause un tort irréparable à son parti. La tâche de rebâtir le parti était déjà colossale avec le départ de députés, le droit de parole écourté pour ceux qui restent, les finances toujours précaires et les militants démobilisés.

Le nouveau chef aura en plus à démontrer que son parti est au-dessus de tout soupçon. Le passage de Gilles Taillon à la tête de l'ADQ aura été court, mais son héritage est lourd.

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