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Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) La victoire du candidat conservateur Bernard Généreux dans Montmagny-L'Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup lundi soir constitue tout autant une impressionnante réussite de la part du gouvernement de Stephen Harper qu'un signal inquiétant pour le Bloc québécois. En effet, il y a eu là un renversement de tendance qui pourrait ouvrir la voie à plusieurs surprises au Québec lors des prochaines élections générales. Mais pour cela, il faudra que certaines conditions importantes continuent d'être réunies.

La plus déterminante est évidemment que le vote fédéraliste soit le moins divisé possible. L'incapacité jusqu'ici du chef libéral Michael Ignatieff de démontrer aux électeurs qu'il a l'étoffe d'un premier ministre permet en effet aux seuls candidats de Stephen Harper de faire miroiter qu'un vote pour eux est un vote quasi garanti pour le pouvoir.

Ce même potentiel d'attraction est aussi valable lorsqu'il s'agit d'approcher des gens de fort calibre pour les faire porter la bannière conservatrice.

La notoriété de Bernard Généraux, ancien maire de La Pocatière, donnait par exemple un avantage capital aux troupes ministérielles dans la course à la succession du bloquiste Paul Crête.

À l'opposé, la démission de ce dernier pour tenter de se faire élire à l'Assemblée nationale a nui aux siens. Qu'ils le veuillent ou non, les bloquistes sont victimes d'une certaine usure en raison de leur domination continue au Québec depuis 1993. Aussi, quand un pilier comme Paul Crête, qui a siégé aux Communes pendant plus de 15 ans, abandonne pour solliciter un mandat à l'Assemblée nationale, il envoie malgré lui le message que le Bloc est moins utile aux Québécois que le PQ.

Bref, Gilles Duceppe a de bonnes raisons de s'inquiéter du contexte actuel. Les siens ne sont pas à l'abri, tout particulièrement en région. Brian Mulroney a démontré en 1984 et 1988 que les Québécois pouvaient élire des dizaines de conservateurs.

Stephen Harper ne peut bien sûr revendiquer des racines québécoises comme le p'tit gars de Baie-Comeau, mais il a démontré jusqu'à maintenant un génie tactique qui lui a permis de garder les commandes malgré les écueils, ce que Gilles Duceppe ne sous-estime certainement pas. Le premier ministre demeure le maître du jeu et peut provoquer à sa guise des crises susceptibles d'envoyer tout le monde aux urnes. Et, qui plus est, il jouit du trésor de guerre le mieux garni.

Il ne faudrait donc pas trop de signes d'affaiblissement des appuis du Bloc dans les sondages pour que M. Harper ne soit tenté de plonger, l'Ontario étant déjà largement sensible aux chants des sirènes conservatrices.

 

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