L'automne dernier et en début d'année, nous avons vécu un psychodrame national autour de la Caisse de dépôt. Politiciens, citoyens et médias reprochaient avec raison aux dirigeants de l'institution d'avoir acheté massivement le fameux papier commercial adossé à des actifs (PCAA) et d'avoir fait fi de la prudence élémentaire dans leur course folle au rendement.
Doté d'une «prévoyance rétrospective» exemplaire, pour emprunter l'expression du gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney, tout le monde prétendait qu'il aurait pu faire mieux qu'Henri-Paul Rousseau, Richard Guay et leur équipe.
Or justement, l'équipe a été changée au printemps. Le conseil d'administration de la Caisse a un nouveau président, Robert Tessier. Michael Sabia est maintenant à la tête de l'organisation. Il a remercié certains employés, en a embauché d'autres, et redistribué les responsabilités et les dossiers. La Caisse a également revu sa politique de gestion du risque pour éviter les dérapages.
Satisfaits et rassurés? Non. Selon les informations de La Presse, la Caisse risque d'afficher en 2009 un rendement moindre que les autres fonds de retraite. Un rendement de 5 ou 6 % alors que les autres feront le double. Malgré notre colère et nos remontrances des mois passés, le naturel revient au galop. On veut plus que du 5 ou du 6 %. On veut plus que le voisin.
Sans attendre le bilan final et les explications (engagements des prédécesseurs, stratégie à long terme, pondération des placements en Bourse, dans l'immobilier, etc.), des yeux se tournent déjà vers le pdg en poste depuis mars. Sa gestion aurait paralysé l'institution et réduit les chances d'obtenir un rendement supérieur. On aurait voulu que M. Sabia fasse le ménage et use de plus de prudence, mais qu'il rapporte gros... et tout de suite.
L'ADQ, par la voix de François Bonnardel, a déjà commencé à associer le gouvernement Charest à la performance de la Caisse. Selon lui, la stratégie de gestion des risques et la gestion des fonds confiés à la Caisse est clairement déficiente. L'ADQ veut donc que le gouvernement indique dès maintenant les hausses de tarifs et de cotisations que les Québécois devront assumer. Du calme. Ce ne sont pas sur quelques mois, ni même sur une seule année, que s'évaluent la performance d'une équipe à la Caisse et les impacts sur ses déposants.
Les dirigeants de la Caisse passent rapidement du statut de héros à damnés. Henri-Paul Rousseau était un sauveur en 2002 lorsqu'il est arrivé à la tête de l'organisation. Il prenait le siège de Jean-Claude Scraire, qui après avoir enregistré des rendements positifs de 6 à 18 % quittait la Caisse en disgrâce à cause d'investissements dans l'industrie de la mode, la construction d'un édifice coûteux et l'éclatement de la bulle Internet et du secteur des communications.
On associera le rendement négatif de 25 % de 2008 à Henri-Paul Rousseau et Richard Guay. Entre 2003 et 2006, cette équipe a pourtant obtenu des rendements successifs de 15,2, 12,2, 14,7 et 14,6 %, avant de conclure 2007 avec 5,6 %. La crise du papier commercial et le ralentissement de l'économie américaine se faisaient déjà sentir. C'était avant la «tempête parfaite» de 2008.
Les ravages d'une tempête ne s'effacent pas en quelques mois. Laissons donc du temps à Michael Sabia et cessons de croire que la course au rendement mirobolant ne comporte pas de risque.










