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Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) À la suite des recommandations de la Table de la sécurité routière, la ministre des Transports, Julie Boulet, a annoncé hier de nouvelles mesures pour améliorer le mauvais bilan routier du Québec. Parmi ces changements, il y a à nouveau la controversée diminution du taux d'alcoolémie toléré au volant qui tombe de 0,08 à 0,05.

Ce resserrement sera sans nul doute mal reçu par une bonne partie de la population. Les Québécois en ont ras le bol des contraintes qui touchent à peu près toutes les facettes de leur vie. Normes, règlements, interdictions, obligations, surveillance... l'impression de vivre dans un carcan est généralisée.

L'exemple de nos voisins du sud où il est permis dans certains États de rouler à moto sans casque et où les limites de vitesse sont souvent plus élevées fait figure de terre de liberté. Il faut cependant s'abstenir de consulter les statistiques d'accidents pour que l'argument ait vraiment de l'effet.

Or, s'il y a cette fatigue de l'intrusion de l'État dans nos comportements, il y a tout autant ce sentiment collectif que dès que quelque chose va de travers, c'est aux autorités gouvernementales de régler le problème.

À la suite de la désastreuse dernière fin de semaine au cours de laquelle sept personnes ont perdu la vie dans des accidents de la route, les critiques ont fusé sur le manque de policiers en patrouille et sur l'absence de contraintes suffisantes pour empêcher les jeunes conducteurs de faire de dramatiques bêtises.

Mais si nous posions le problème autrement : serions-nous prêts à certaines concessions si on nous assurait qu'elles vont permettre de sauver quelque 45 vies humaines et d'éviter en plus des milliers d'accidents dont plusieurs vont laisser des séquelles permanentes à leurs victimes?

C'est avec cette optique que le mathématicien Jean-Marie De Koninck défend ses positions. Les accidents ne sont pas inéluctables. Ils sont la plupart du temps le fait d'un comportement inadéquat : inattention, vitesse, fatigue, alcool... Or, sa Table de la sécurité routière a fait la preuve que des contraintes acceptables améliorent sensiblement le bilan routier.

Ainsi, la démonstration est incontestable que l'alcool affecte, même en consommation raisonnable, le jugement et le comportement d'un conducteur. Le risque d'accident mortel s'accroît de façon significative entre 0,05 et 0,08.

Largement en vigueur sur la planète, notamment en Europe et ailleurs au Canada, cette norme a démontré son effet positif.

Et puis, il faut bien le dire, les conséquences d'une arrestation entre 0,05 et 0,08 ne sont pas dramatiques, soit la suspension

temporaire du permis pour 24 heures, sans amende ni point d'inaptitude. Ce désagrément vaut bien 45 vies.

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