Succès ou piège

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Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) La pandémie conséquente à la contagion par le virus H1N1 n'a pas décimé la planète. Du moins, pas encore. Mais compte tenu du succès de la vaccination au Québec et au Canada, la probabilité d'une hécatombe ici est totalement écartée. Or pour certains, ce n'est pas la satisfaction d'avoir évité le pire qui prime, mais plutôt la frustration découlant du sentiment d'avoir été manipulés et d'avoir vu les gouvernements dépenser massivement pour répondre à une menace grossièrement exagérée.

Certains réclament une enquête publique. Là aussi... Les autorités de la santé ont-elles été manipulées par les pharmaceutiques? Ou pire, y a-t-il eu collusion entre celles-ci et les autorités mondiales de la santé pour créer cette psychose rentable?

Il y a au moins des questions légitimes à poser quant aux mesures d'évaluation de la virulence d'une souche de la grippe. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment reconnu que le virus H1N1 était beaucoup moins mortel que celui de la grippe aviaire. Par ailleurs, aurait-il été suffisant de n'immuniser que les clientèles à risque plutôt que de procéder à une vaccination généralisée?

En même temps, il a été dramatiquement démontré que le virus H1N1 avait le potentiel pour tuer des gens en bonne santé, notamment chez les adolescents. Des virologues ont aussi établi que les risques de contracter cette grippe étaient importants, soit d'un sur huit pour ceux qui habitent avec une personne contaminée, et que les enfants étaient deux fois plus susceptibles d'attraper le virus.

Aux États-Unis seulement, selon les dernières données disponibles, qui datent de novembre, les autorités fédérales estimaient que quelque 50 millions de personnes avaient été infectées, et que 10 000 d'entre elles en étaient décédées.

On le sait, même si la science médicale progresse constamment, elle est encore bien imparfaite. À l'origine, la propagation rapide et funeste de la maladie a fait craindre le pire et l'OMS a réagi selon les normes en place pour décréter la pandémie. Elle maintient encore aujourd'hui qu'il s'agissait de la bonne décision. À la lumière de l'expérience en cours, ces normes devront être réévaluées. Il serait de même sage de scruter l'influence des pharmaceutiques dans le processus décisionnel, leurs intérêts financiers étant gigantesques. Au cas où...

Mais d'ici aux conclusions découlant de ce nécessaire travail de révision, il n'y a pas à regretter en vain. À qui se fier, si on ne peut avoir confiance aux autorités mondiales de la santé? Nos gouvernements ont pour leur part joué leur rôle de protecteurs publics et appris beaucoup quant aux faiblesses de leur capacité de réponse à une telle crise. Tirons-en les leçons et félicitons-nous au moins de notre civisme.

 

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